Analyse et Explication : Independence Day Resurgence

Analyse et explication du retour de Roland Emmerich avec Independence Day Resurgence, la suite vingt ans après la sortie de son film culte. Parallèle entre anciens et nouveaux personnages, évolution des effets spéciaux, enjeux pour le réalisateur, on vous dit tout ce que cache ce blockbuster de l’été. Une suite à Independence Day, était-ce vraiment nécessaire ?

Après Independence Day, qui avait remporté un franc succès dans les salles obscures en 1996 avant de s’imposer comme une œuvre culte en matière de science-fiction et de film catastrophe, Roland Emmerich n’a pas immédiatement envisagé d’en faire une suite. Godzilla, Le Jour d’Après, 2012 ou plus récemment White House Down, la Fox lui a laissé le feu vert pour continuer dans les genres dans lesquels il sait briller. Mais l’idée d’un retour des aliens d’Independence Day ne l’a jamais quitté, et, une fois un nouveau scénario en poche, voilà qu’il rappelle (presque) tout son casting pour une suite. Mais valait-il vraiment la peine de faire Independence Day Resurgence ?

independence day affiche

Non, pour les personnages

Commençons par le commencement. Qu’apporte réellement Independence Day Resurgence ? D’abord, cela permet à la Fox de lancer une nouvelle licence de films à partir d’un matériau que le public connait bien, et qui avait à l’époque si bien marché qu’aujourd’hui, la société de production peut compter sur un effet de nostalgie pour attirer le public dans les salles. Du fanservice ? Pourquoi pas, mais au moins, on reconnait l’effort d’avoir essayé d’écrire un nouveau scénario complétant celui du premier, à l’inverse de chez Sony où l’on se limite à un gender-swap (littéralement «échange de sexe ») pour sortir du placard un projet auquel plus personne ne croyait, c’est-à-dire le prochain Ghostbusters. Mais revenons à Independence Day Resurgence. Les bandes annonces promettait un retour du casting du premier film et dans la majorité, c’est le cas. On retrouve donc Jeff Goldblum (vu il y a deux ans dans l’oscarisé Grand Budapest Hotel) dans le rôle de l’expert David Levinson, Bill Pullman (aperçu l’an dernier dans American Ultra) en ancien président Whitmore, Judd Hirsch jouant Julius Levinson, le père de David (à la participation presque anecdotique), mais aussi, à la surprise générale, Brent Spiner, qui retrouve sa blouse du scientifique chevelu Brakish Okun, qui, à l’issue du premier, est en fait tombé dans le coma. 7300 jours plus tard, ce qui devait arriver arriva, les envahisseurs sont de retour. Pour les affronter, point de Will Smith à l’horizon, officiellement non-intéressé pour reprendre son rôle (officieusement trop cher pour les studios). Après deux décennies passées à se préparer contre les aliens, il semblait logique de faire apparaitre une nouvelle génération, incarnée par… beaucoup trop de personnages. Au total, trois principaux et cinq secondaires, qu’il faut introduire et développer, ce qui ne résulte qu’à ralentir le rythme du film. Côté personnages principaux, changement d’actrice pour Patricia Whitmore, la fille du président, incarnée à l’époque par Mae Whitman, et ici jouée par Maika Monroe, formant un trio de pilotes auprès de Liam Hemsworth (Gale de la saga Hunger Games) et Jessie Usher, jouant Dylan Hiller, le fils du personnage de Will Smith, mort lors d’un vol d’essai. Côté personnages secondaires, on trouve deux autres pilotes, dont Rain de nationalité chinoise (qui rappelle qu’il n’y a pas que les Etats-Unis qui agissent pour défendre la Terre), une psychologue française interprétée par Charlotte Gainsbourg mais au rôle tertiaire, et un duo formé d’un seigneur de guerre africain et d’un bureaucrate, plus comic-relief qu’autre chose. En aparté, Roland Emmerich étant un réalisateur d’Hollywood ouvertement homosexuel, il a intégré à son film un couple homo en les personnages des docteurs Okun et Isaacs. Oui, afficher des couples gay dans les films et les séries se démocratise, mais à condition que cela ne concerne pas un personnage principal et qu’on force le trait pour amuser le public. Dommage.

independence day alien

Reine alien récolteuse cherche nouvelle planète à détruire

Le film passe un temps fou à effleurer l’ensemble de ses personnages y compris… les aliens. Avec leur puissance de combat, leur design et celui de leur vaisseaux, et leur faculté à communiquer via un étrange réseau télépathique, on est à la fois surpris et déçu de voir que ces aliens-là aussi ont une reine à leur tête – au design rappelant vaguement celui des Mutos du dernier Godzilla. Enfin, plus exactement des reines, dites « récolteuses » disposant chacune d’un vaisseau mère et d’une armée pour envahir d’autres planètes. L’idée est convenue, mais efficace. Un peu comme l’ensemble du film en fait.

Oui, pour les effets spéciaux

Malgré quelques designs hasardeux, dans l’ensemble, la plus grande avancée dans cette nouvelle licence est évidement la qualité de ces effets visuels. Même si l’on n’a pas pu voir le film en 3D, on ressent tout de même la recherche de profondeur de champ dans la réalisation, un aspect de mise en scène que l’on ne cherchait pas à avoir en 1996, vu que la technologie de la 3D ne s’est largement développée qu’après le succès d’Avatar en 2009. Dès le début du film, Independence Day Resurgence annonce la couleur avec un plan séquence magnifique passant dans l’espace, de galaxie en galaxie, contournant des nébuleuses, avec un plan final où l’on s’arrête devant une planète avant de la voir disparaitre sous le vaisseau spatial des aliens. Les évolutions de technologies sont aussi une jolie réussite visuelle, tant du côté humain que du côté des aliens, qui n’ont pas arrêté d’améliorer leurs armes, maintenant à la puissance sur-développée et protégées par des boucliers. En 1996, après leur victoire, les humains ont récupéré des technologies aliens, et il est intéressant de constater ce que serait devenu les technologies notre monde en 2016 si une telle attaque avait eu lieu, que ce soit pour les améliorations militaires ou quotidiennes. Hologrammes, base lunaire, vaisseaux, on constate même la modernisation d’une ville actuelle, Washington D.C..

independence day

Des effets spéciaux plus beaux qu’à l’époque, mais pas forcément plus impressionnants

Du début à la fin du film, on en prend plein les yeux, mais d’un autre côté on n’est pas si impressionné que ça. Déjà parce qu’on ne retrouve pas de plan aussi iconique que celui de la destruction de la Maison Blanche du premier, mais surtout parce qu’avec Independence Day, Roland Emmerich à dépoussiéré le block-buster, genre qui, sans ce film, ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Ce spectacle de destruction massive à grand coups d’effets spéciaux a tellement plu au public qu’aujourd’hui, il en redemande. Ainsi, on retrouve de plus en plus de films comme cela, et les spectateurs y sont de plus en plus habitués, si bien qu’Independence Day Resurgence ne sort pas vraiment du lot comparé aux autres mastodontes déjà sortis en 2016, comme Batman v Superman, X-Men Apocalypse ou encore La Chute de Londres. Bref, on en a pour notre argent, mais on n’est pas subjugué non plus.

Non, pour le scénario

Côté écriture, qu’est-ce que ça vaut, Independence Day Resurgence ? Sans grande surprise, pas grand-chose. Non pas que le premier du nom est jamais brillé pour son écriture, mais on aurait pu s’attendre à un peu plus de profondeur dans celui-ci. Oui, de profondeur. Si technologiquement, l’humanité a avancé comme jamais grâce aux technologies aliens récupérées, on essaie de berner le spectateur en lui démontrant que l’humanité n’a jamais été aussi soudée. Et comment le prouve-t-on ? Avec un gouvernement central pour toute la planète ? Un président de la Terre ? Une sagesse accrue après 20 ans de paix ? Non. Quelle déception de voir que l’humanité n’a en réalité pas du tout évolué, si ce n’est le contraire. La violence à laquelle le genre humain a été exposé et confronté n’a fait qu’implanter de la peur en eux, si bien que la moindre menace est désormais éliminée d’office. C’est d’ailleurs l’élément déclencheur du film, lorsqu’un étrange vaisseau approche la base lunaire où travaille Jake Morrison, le personnage de Liam Hemsworth, les gouvernements décident, enfin surtout Madame la présidente des Etats-Unis, d’attaquer immédiatement. Une décision allant à l’encontre de l’avis de l’expert Levinson, et qui manque de provoquer une guerre interstellaire. Cette peur est d’ailleurs plus incarnée par les personnages de la première génération, comme Levinson ou Whitmore, que par les nouveaux personnages, particulièrement Morrison, très téméraire. Non, définitivement, il n’y a aucune subtilité dans Independence Day Resurgence, rien à analyser dans le scénario si ce n’est que des prétextes à avoir des explosions. En quoi est-ce vraiment un problème, si tel était le cas du premier ? Cette suite aurait pu être justement l’occasion d’apporter autre chose à Independence Day, puisqu’il s’agit aujourd’hui d’une licence, et de s’affranchir des codes du premier opus, d’essayer d’aller plus loin dans son message. Avec un vaisseau alien faisant 5000 km de diamètre et recouvrant l’Océan Atlantique, évidement que ce film n’est pas subtil. Roland Emmerich le dit lui même, il est un réalisateur, pas un scénariste. Ce qu’il aime avant tout et ce qui l’inspire, c’est travailler une image.

Images. That’s what I have to have in my head, otherwise I’m not interested in making the movie. […] I’m not a writer. Well, I’m a writer too but not really. I like to be involved in my scripts but not totally. So I’m very visual that way.
Des images. C’est ce que je dois avoir en tête, sinon, je ne suis pas intéressé pour faire un film. […] Je ne suis pas scénariste. Enfin, je le suis un peu mais pas vraiment. J’aime être impliqué dans mes scénarios, mais jamais entièrement.  De cette façon, je peux être bien plus visuel.

L’ennui, c’est que ne pas être subtil, c’est une chose, mais ressortir sans cesse beaucoup de concepts déjà explorés dans d’autres films de science-fiction, c’en est une autre. Des batailles filmées à la Star Wars, une promesse d’exploration spatiale façon Star Trek, un design proche de Marvin de H2G2, même le bunker de Cheyenne Mountain de Star Gate, bref, Independence Day Resurgence, c’est un joli mélange de tout plein de choses que le public aime voir dans de la science-fiction. Heureusement, c’est pour le meilleur, car Independence Day 2 reprend surtout beaucoup à Independence Day 1, avec tout plein de petits clins d’œil (un nouveau petit chien à sauver !) qui feront très plaisir aux fans de la première heure.

Oui, pour une suite

Difficile d’expliquer les enjeux d’Independence Day Resurgence sans en dévoiler la fin, alors attention, spoilers à suivre. A l’évidence, nos héros réussissent à vaincre la nouvelle invasion des aliens et, à l’aide d’une autre entité extra-terrestre, décident de partir à la conquête de l’espace pour définitivement éradiquer leur ennemi qui parasite d’autres planètes pour se nourrir de leur noyau. Pour être honnête, malgré la qualité moyenne mais acceptable de ce deuxième opus, difficile de cacher l’enthousiasme que provoque la dernière réplique prononcée par le Docteur Okun : « we’re gonna kick some serious alien ass ! » ou « allons botter les fesses de ces aliens » pour rester polis. La promesse est là, le spectacle sera au rendez-vous dans ce voyage interstellaire, d’après les mots de Roland Emmerich lui-même. L’idée d’une alliance entre plusieurs peuples contre les aliens envahisseurs, dont on ne connait toujours pas le nom, change complètement la perspective que l’on peut avoir d’Independence Day Resurgence, qui serait ici une transition entre la découverte d’une vie extra-terrestre hostile, et une alliance entre différents peuples pour éliminer la menace. A l’évidence, il serait intéressant de suivre non pas l’invasion alien sur les humains mais bien l’inverse, l’invasion humaine sur la planète des aliens, dont on a même eu un aperçu de l’environnement dans une scène de Resurgence, à l’intérieur du vaisseau-mère de la reine récolteuse.

independence day jeff goldblum liam hemsworth

David Levinson fait équipe avec Jake Morrison, prêts à en découdre avec les envahisseurs

Un premier film pour préparer la saga et le public à la suite ? Une méthode très répandue aujourd’hui, notamment chez Marvel Studio pour leur MCU. Donc non, on ne regrette pas d’avoir vu réapparaitre Independence Day sur grand écran, d’autant que cela a permis à une jeune génération de découvrir le premier opus. Le redémarrage d’une licence est une pratique courante, particulièrement en science-fiction – comme La Planète des Singes qui en compte deux, entre le raté de Tim Burton en 2001, et la nouvelle saga en route de 2011 avec Les Origines et L’Affrontement. Malgré des approximations dans Resurgence, il serait sans doute dommage de voir ce projet de suite avorté à cause des mauvaises entrées en salles ou des critiques. Pour un blockbuster d’été, Independence Day Resurgence a le mérite, en lançant une nouvelle saga, de réunir les spectateurs nostalgiques de son passé et/ou enthousiastes pour son avenir.