S.O.S Fantômes

S.O.S Fantômes revient, plus de trente ans après. Le film a beaucoup fait parler de lui durant sa campagne marketing, mais qu’en est-il finalement ? Notre avis.

S.O.S Blockbusters

2016 n’a pas été tendre avec nous en termes de blockbusters. Non pas qu’on attende monts et merveilles de ce type de production, mais les faits sont là : Captain America Civil War, X-Men Apocalypse, Jason Bourne, Suicide Squad… On nage en plein océan de vide, où la quantité éclipse totalement la qualité. Scénarios bâclés, esthétique à la ramasse, montage ignoble, produits commerciaux sans la moindre ambition autre (je vous laisse deviner qui est qui, certains films cumulant sans vergogne), Hollywood ne se gêne pas pour proposer moins que le minimum (et même beaucoup moins). Au milieu de cette production indigente arrive S.O.S Fantômes, reboot d’une gloire des années 80 ; et on sait ce que « reboot » implique habituellement… Alors, S.O.S Fantômes version 2016 s’ajoute-t-il à la (trop) longue liste des blockbusters qui nous prennent pour des imbéciles ?

Poster du film SOS Fantômes

Et bien non. Le film de Paul Feig reprend très honorablement le principe de son aîné de 1984, et navigue plutôt bien entre modernité (mise à jour, évidemment, du traitement graphique et des effets spéciaux, pour un résultat réussi) et nostalgie (clins d’œil au « mythe », agréables en dépit de certains ratés, comme le caméo de Bill Murray qui laisse perplexe). Bien sûr, on retrouve peu ou prou une histoire similaire au premier film de la série : des scientifiques peu reconnues montent une entreprise de chasse aux fantômes, et assurent plutôt pas mal dans ce domaine. L’idée était déjà simpliste il y a 30 ans, et ouvertement prétexte au divertissement tout en mettant à l’honneur des personnages-héros originaux : des scientifiques. Rappelons que parmi les blockbusters de 1984 figuraient plutôt des flics (Le Flic de Beverly Hills), des aventuriers (Indiana Jones et le Temple Maudit, A la Poursuite du Diamant Vert), voire des machines destructrices (Terminator). Il suffit de se reporter au début du paragraphe précédent pour constater que rien n’a vraiment changé : les héros de blockbusters restent majoritairement des personnages dont la fonction est de casser des gueules, tirer sur des trucs ou faire exploser des machins. S.O.S Fantômes, sans pour autant renier son côté divertissement-action (tout de même), met cependant en avant des personnages plutôt cérébraux. On ne va pas se gargariser plus que de raison (n’exagérons rien), mais ce n’est quand même pas tous les jours. Dans le même temps, alors que la charte du blockbuster impose de mettre en avant du beau gosse ou de la femme fatale, S.O.S Fantômes joue la carte des gens normaux, version 1984 comme version 2016. Et là encore, sans crier à la révolution, il faut reconnaître que c’est plutôt une bonne chose (même si les mauvaises langues diront que ça va de pair avec un cliché sur les scientifiques, soit).

N’empêche qu’au-delà de ces personnage « à part », le film est tout à fait honnête et cristallise enfin un divertissement réussi. Le rythme, l’humour, le casting, la direction artistique, tout concourt à maintenir le spectateur dans un état de doux bonheur. Bien sûr, tout n’est pas parfait, et certaines blagues tombent à l’eau tandis qu’on ressent malgré tout un léger coup de mou vers le milieu du film. Qu’importe : voilà un bon moment qu’on n’avait pas vu de grosse production qui paraisse à la fois sincère et généreuse.

SOS Fantômes - photo

Patty Tolan (Leslie Jones), Abby Yates (Melissa McCarthy), Erin Gilbert (Kristen Wiig) et Jillian Holtzmann (Kate McKinnon)

Enjeu culturel

Evidemment, on ne peut pas parler de S.O.S Fantômes version 2016 sans aborder ce qui est finalement devenu sa principale caractéristique : son parti pris « cast féminin ». Un parti pris qui a fait du trailer la vidéo la plus haïe de Youtube lors de la campagne promotionnelle du film, alors même qu’on n’avait, donc, pas encore vu ce dernier. Un parti pris qui pourrait sembler débile ; du moins tout aussi débile que l’idée consistant à ne rechercher qu’un cast 100% masculin. Pourquoi vouloir à tout prix créer et imposer des clivages, pas vrai ? Bon. Perdu : les réactions face au film démontrent sans ambiguïté que ce parti pris était tout sauf débile. Le film s’en sort très bien dans son traitement des personnages : les costumes n’ont pas été repensés pour faire sexy ou girly, quelque blagues jouent sur des sujets féminins parce qu’après tout il n’y a pas de raison, et le personnage de Holtzmann (interprété par Kate McKinnon) est typiquement un rôle qu’on ne donne habituellement qu’à des hommes. Le film est légèrement plus violent que son prédécesseur (ou les fantômes étaient plus facétieux que guerriers), ce qui permet d’introduire quelques véritables scènes d’action et de combat, sans que les femmes y paraissent en décalage. Bref, S.O.S Fantômes réussit son pari de faire un film d’action-divertissement avec des femmes en personnages principaux (bon, et Chris Hemsworth, aussi, qui y tient d’ailleurs le rôle de sa vie). Et tout ça pour quoi ? Alors que la médiocrité abyssale de Suicide Squad, X-Men ou Captain America a tout de même rapporté au grand minimum un demi milliard de dollars, le film de Paul Feig (certes sorti bien plus récemment) a peiné à rembourser son budget. Il est pourtant bien meilleur. Le drame, dans tout cela, c’est que même quand Hollywood ose faire un film d’action-divertissement avec des femmes (et un film honnête de surcroît), les spectateurs le boudent. Pour une fois qu’un blockbuster se propose mine de rien d’être un enjeu culturel, on valide les règles nauséabondes voulant que, pour fonctionner, un film doit avoir un personnage principal masculin (et blanc de préférence, hein). Quelque part, on a bien l’industrie du cinéma qu’on mérite ; vivement novembre et la sortie de Doctor Strange.

S.O.S Fantômes
Un film d'action-divertissement avec des femmes, honnête de surcroît, se proposant comme un enjeu culturel.
Scénario
Acteurs
Mise en scène
Images et son
On aime bien
  • Un blockbuster réussi, sincère et généreux
  • Un film d'action porté par un cast féminin, et qui montre qu'il n'y a là rien d'anormal
  • Chris Hemsworth, aussi
On aime moins
  • Des caméo un peu poussifs
  • La réception mitigée du film et les polémique navrantes qui ont accompagné sa genèse
3.7L'avis
Note des lecteurs: (3 Votes)
  • Titre : S.O.S Fantômes
  • Année de sortie : 2016
  • Style : Action-comédie
  • Réalisateur : Paul Feig
  • Synopsis : Nouvelle version de la comédie surnaturelle S.O.S Fantômes avec un casting féminin. Les fantômes n’ont qu’à bien se tenir !
  • Acteurs principaux : Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Kate McKinnon, Leslie Jones (II), Chris Hemsworth
  • Durée : 1h56
  • Anne-Laure

    Tout comme Lucie, je ne partage pas ton avis.
    Je me suis clairement ennuyée pendant la 1ere heure en étant totalement navrée par un humour volant très bas et des blagues grasses qui m’ont pour le moins déplues. Pour que j’en arrive à envoyer un sms en pleine séance en attendant la fin du film c’est qu’il y a clairement un problème.
    Les dialogues sont totalement vides et pour beaucoup, inutiles. De plus, j’ai trouvé que Kate Mc Kinnon surjoue tellement que ça en devient insupportable et caricatural.
    Je partage également totalement l’avis de Lucie concernant le sexisme qui règne dans ce film, là encore c’est affligeant.
    Enfin, il y a des incohérences et des faux raccords qui m’ont sauté aux yeux, mais bon, ça à côté du reste c’est presque anecdotique.
    Bref grosse grosse grosse déception. Je regarderai les originaux pour la 150e fois avec grand plaisir (surtout le 1 d’ailleurs), mais celui-là, j’espère ne jamais le revoir.

    Ah et je ne comprends pas comment comment Yvan Reitman ou Dan Aykroyd ont pu se laisser embarquer dans une telle galère…

  • Lucile Malargé

    Personnellement, je ne partage pas du tout ton avis sur ce film. Je l’ai trouvé d’une absurdité rarement égalée, d’un humour graveleux et surtout, d’une misandrie encore jamais vu sur grand écran.
    L’écriture des personnages est absurde, les personnages masculins sont soit feignants (le livreur de bouffe chinoise), malhonnête (le maire de N-Y), ou d’une imbécilité abyssale (Kevin, le secrétaire). Les 4 femmes de SOS Fantomes ont d’ailleurs des gestes déplacés encore lui, qu’on aurait pas acceptés si le film aurait eu 4 hommes avec une femme secrétaire. L’apogée de la misandrie est atteinte à la fin, lorsqu’elles éliminent le fantome en géant en lui tirant dans l’entre-jambe. Ils ont voulu se la jouer film féministe et ils sont tombé dans le piège du féminazi.
    Je comprends pas comment un tel navet a pu être si largement accepté par le public, il mériterait d’être effacé de l’espace-temps.
    Mais tu rédiges bien, continue surtout 🙂 !

    • Valer

      Ha, c’est ce qui s’appelle un avis différent ^^
      La misandrie dont tu parles ne m’a pas choqué ; j’y ai plutôt vu un retour de bâton, pas forcément illégitime vu le projet et surtout le contexte : Hollywood est effectivement sexiste-macho, aussi prendre le contre-pied ans une comédie a plus une résonance provocatrice qu’autre chose (avec une maturité un rien adolescente, je te l’accorde). De plus, les personnages masculins m’ont semblé au contraire très bien écrits : le maire illustre très bien le double-discours politique (il n’est pas tant malhonnête que politique au XXIè siècle), et Kevin est certainement le personnage le plus drôle du film (autodérision totale de la star beau gosse), au point qu’il vole presque la vedette aux chasseuses de fantômes. Il est d’une imbécillité abyssale, c’est vrai, mais c’est souvent sur la bêtise des personnages que joue la comédie, et en particulier la comédie US (voir les trublions habituels que sont Ben Stiller, Will Ferrel ou Steve Carrel). Certes, c’est pas de l’humour façon frère Coen (quoiqu’eux aussi se basent souvent sur l’imbécillité des gens, dans un style différent ^^).
      Bon, le kick-in-the-balls était de trop, c’est vrai : plus vraiment pertinent sur le discours puisqu’arrivant à la fin alors qu’on a évidemment bien tout compris, et ça vole pas haut en termes d’humour… N’empêche, j’ai trouvé globalement le film très réussi et rafraîchissant 🙂

      • Lucile Malargé

        Justement, je comprends pas cette logique de refaire les mêmes âneries de sexisme mais en inversé. Déjà parce que je suis contre le principe de gender-swap de base (les actions d’un personnage ne devraient être écrites suivant son sexe, on doit écrire un personnage masculin ou féminin de la même façon). Sur une licence comme Ghostbusters, qui regroupe surtout beaucoup de fans nostalgiques, je pense qu’ils auraient pas dû partir dans un délire pareil, déjà parce qu’ils apportent rien à la saga et surtout parce qu’ils ont l’air de se foutre de la gueule des premiers films. Bref un gros raté total pour moi ^^