Critique – Catch me Daddy

Présenté l’an dernier à Cannes, Catch me Daddy sort en Octobre prochain sur les écrans français. Notre critique.

Écrit à quatre mains par les frères Matthew et Daniel Wolfe et réalisé par ce dernier, Catch me Daddy a fait les beaux jours des festivals en 2014 : Cannes, Dinard (où il rafle les prix de l’image et du scénario) ou encore San Sebastian. Un joli parcours pour ce premier film qui révèle également la jeune Sameena Jabeen Ahmed, faisant ici des débuts très remarqués devant la caméra. Dans les landes mornes du Yorkshire, nous suivons Laila et Aaron, qui tentent d’échapper à leurs poursuivants et de se construire une vie. Un film brutal teinté de western et de drame social et un sujet risqué. Comment le britannique Daniel Wolfe s’en sort-il pour sa première réalisation ?

Catch me…not

Le titre sonne comme une provocation, un jeu d’enfant. Plus dure sera la chute. Catch me Daddy cache une violence et une froideur qu’on ne soupçonne pas.

affiche Catch me Daddy

Laila (Sameena Jabeen Ahmed) et son petit ami Aaron (Connor McCarron) se sont enfuis et vivent dans un mobile-home dans le Yorkshire. La jeune femme est d’origine pakistanaise et sa famille n’approuve pas cette relation. Mais son père, modeste restaurateur, est bien décidé a ramener sa fille à la maison et dans le droit chemin. Il envoie à sa recherche son fils aîné, Zaheer (Ali Ahmad), ainsi qu’une poignée d’hommes, dont deux blancs ultra-violents et constamment sous cocaïne. Le semblant de liberté acquis par Laila et Aaron est menacé et bientôt la chasse à l’homme commence.

Catch me Daddy s’ouvre sur un poème de Ted Hughes et des images bien austères de la lande du nord de l’Angleterre – on souligne au passage la photographie impeccable du film. Les personnages arrivent au compte-goutte, sans liens apparents entre eux. On a du mal à assembler les pièces du puzzle. C’est assez troublant et la mise en place semble longue. Quand nous faisons connaissance avec les amoureux fugitifs Laila et Aaron, on ignore depuis combien de temps ils sont partis :  le cruel jeu de piste a déjà commencé. Lorsque l’ensemble prend forme, on pénètre dans un univers très froid et sombre.

Une tragédie moderne

Les maisons de briques, la terre humide et le ciel gris entourent Catch me Daddy d’un voile de misère. Les personnages tentent d’atténuer la douleur et la précarité qui font leur quotidien à l’aide de milk-shakes colorés, d’herbe ou de poudre blanche. Pour les fugitifs comme pour les poursuivants, l’équilibre est précaire. Ce qui commence par un poème tourne à la brutale tragédie. Une histoire qu’un Shakespeare du XXIème siècle aurait pu écrire. Les images sont crues, la violence omniprésente et les pleurs déchirants. La scène où le père de Laila hésite entre serrer sa fille dans ses bras et le « crime pour l’honneur » exigé par sa communauté est d’une insoutenable tristesse.

Ce qui peut semble insoutenable également, c’est la fin du film. Si vous aimez les conclusions bien nettes, vous courez à la déception. Daniel Wolfe laisse le spectateur dans le flou le plus total, de plus au beau milieu d’une scène très intense dans laquelle Sameena Jabeen Ahmed livre une performance remarquable. Le charisme de la jeune actrice est magnétique. Alors, retenez bien son nom et laissez-vous envoûter par ses immenses yeux verts et ses cheveux rose pâle.

Pour un autre article sur le Catch me Daddy, c’est ici.

Critique - Catch me Daddy
Un premier film stylé et ambitieux qui a du mal à démarrer. Mais qui nous fait découvrir la charismatique Sameena Jabeen Ahmed.
Acteurs
Mise en scène
Scénario
Image et son
On aime bien
  • Le charisme de Sameena Jabeen Ahmed
  • La photographie impeccable
  • On ne dirait pas du tout un premier film
On aime moins
  • La fin en mode "total flou"
  • Le tâtonnement du début
3.8L'avis
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