Critique – Her

Critique – Her

Auréolé de son Oscar du Meilleur Scénario en début d’année, écrit et réalisé par le toujours original Spike Jonze, Her s’annonce d’emblée comme un bon film. Sa sortie au cinéma fin mars fut d’ailleurs marquée par des critiques saluant la performance d’acteur exceptionnelle de Joaquin Phoenix, et sa moustache digne d’un bon épisode de Magnum.

Le scénario de cette histoire d’amour est effectivement assez alléchant : Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait donc l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur et, selon la publicité « de le comprendre ». En lançant le système, il fait la connaissance de « Samantha », une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Contre toute attente, une amitié puis une histoire d’amour va naître de cette relation homme-intelligence artificielle.HER

Alléchant oui, original non. Les relations homme-robot (et plus largement intelligence artificielle), ça nous dit plus que vaguement quelque chose. De Ghost in the Shell aux derniers films et séries américains sur le sujet (nous vous parlions encore dernièrement de Transcendance ou de la saison 1 de Intelligence), en passant par la franchise Terminator, on a déjà vu mille fois ce sujet sur nos écrans. Ce qui différencie Her des autres est peut-être le fait que le film se focalise uniquement sur la relation amoureuse entre le personnage et l’intelligence artificielle, comme si Spike Jonze, après avoir traité les relations amoureuses entre robots dans le superbe court-métrage I’m Here (à voir !), avait voulu décortiquer et étudier son sujet dans les moindres détails.

Le film pose d’ailleurs de ce point de vue des questions intéressantes, même s’il a la fâcheuse tendance d’y répondre dans la foulée au lieu de nous laisser nous interroger (pas de doute, c’est bien un film américain). Her nous interpelle en premier lieu sur la définition même de l’amour. L’amour peut-il s’abstraire de la chair et n’être que purement intellectuel ? Au-delà de cette question globale, sur le cas des relations homme-intelligence artificielle, Spike Jonze s’interroge sur la possibilité réelle d’une relation entre l’humain et la machine. Et si une relation était possible, la machine serait-elle capable d’avoir des sentiments humains, ou compréhensibles pour un humain ?

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Pour faire une comparaison extrêmement osée, je dirais que si Michael Haneke faisait le tour de la question amoureuse et des relations d’un point de vue physique, ancré dans la chair, avec son fabuleux et bouleversant Amour, Spike Jonze étudie avec Her l’amour comme pur produit intellectuel, nous sommes plus dans le domaine de l’aérien. Tout est d’ailleurs à tel point centré sur notre héros et sa solitude que la caméra ne nous montre quasiment personne, le monde semble dépeuplé, et on pourrait même aller jusqu’à dire que tout est déshumanisé à l’écran, au sens propre du terme..

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Si le scénario et ses développements sont un peu décevants, les acteurs, eux, sont tout bonnement fabuleux. Joaquin Phoenix (Two Lovers, La nuit nous appartient) en premier lieu, est particulièrement attachant et convaincant dans ce rôle d’homme « normal », blessé, qui fait ce qu’il peut pour trouver l’amour, pour aller mieux. Pour être la voix de son intelligence artificielle, Spike Jonze est allé chercher Scarlett Johansson (récemment vue dans Captain America : le soldat de l’hiver), qui est simplement bluffante. Son jeu vocal est à la fois varié, riche, suave, intéressant, sexy et drôle. Rien que ça. Dans les seconds rôles, Rooney Mara (Millenium) et Amy Adams (Man of Steel) font des apparitions ponctuelles mais sympathiques..

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On ressort donc de ce film avec des impressions assez mitigées. Zéro surprise sur le scénario, des développements attendus, une image tellement travaillée et froide qu’on se croirait dans une publicité pour un parfum… et pour finir, le sentiment persistant que tout est fait pour déprimer le spectateur à qui on tire des larmes au forceps. Bref, tout ça sonne un peu faux et laisse un arrière-goût finalement désagréable.

Critique - Her
Un peu faux, un sujet vu et revu, mais de supers acteurs
Acteurs
Scénario
Mise en scène
Image et son
On aime
  • Joaquin Phoenix et Scarlett Johansson
  • La moustache
On aime moins
  • Sujet pas très bien traité
  • Image trop lisse
1.9Note Finale
Note des lecteurs: (5 Votes)
  • Jof’Art

    Je ne peux pas laisser ça comme ça.
    Comment dire que la mise en scène du film est mauvaise, alors que tu as ressenti que tu étais dans un monde froid ? C’est ce que veux donner le réalisateur. Un monde froid, ou la solitude prend le dessus. Où plus rien n’est intéressant à part les appareils électronique.

    Pourquoi c’est froid ?
    Parce que la chaleur humaine n’existe plus. Les gens ne vivent plus… Le réalisateur à complètement réussi de ce côté là.

    Pour ce qui est du son, la voix de Scarlett Johanson en plus de faire partie de l’acting est aussi du son. La voix participe à l’ambiance du film.

    Ensuite le scénario, oui c’est une histoire d’amour. Mais ce n’est pas parce que un scénario est simple qu’il est forcement mauvais. Là le scénario se situe autour du personnage que joue Joaquin. On suit son évolution dans son monde. Jusqu’à temps qu’il prenne conscience du monde extérieur. Simple mais efficace.
    Mais le scénario ne tourne pas que autour de ce personnage. L’univers, dans ce film fait parti du scénario. Il accentue ce que vit le personnage de Joaquin. Me rappelle plus de son nom.

    Rien d’autre à dire siinon.

  • http://avisdupublic.net Cyan

    A voir en VO absolument oui ! Mady je suis d’accord le film est bouleversant, sans conteste. Mais la forme (très belle certes) masque un fond un peu faiblard et déjà vu mille fois pour qui s’intéresse un peu à la SF.

    • Mady G

      Oui je comprends Cyan. Le film est très (trop ?) auto-centré, tout passe par Théodore au final et je pense que c’est grâce à ça que l’histoire est très belle, mais aussi à cause de ça que le fond n’est pas développé.

  • http://avisdupublic.net Brice AULAS

    Un film à voir en VOST, je suppose ?

  • Johan

    je n’ai pas vu le film, le point de vue de Mady se tient. Toutefois, je pense qu’un film mérite d’être vu ne serait ce que pour la performance des acteurs, tout comme un film mérite d’être apprécié pour ses aspects technique etc…
    Si j’en ai l’occasion, j’irai le voir, ne serait ce que pour l’esthétique apportée, la performance de Mr Phoenix et cette nouvelle approche des rapports robots / humains.

    • Mady G

      Et la voix de Scarlett ! Sa gamme d’émotion est impressionnante 🙂

  • Mady G

    Je trouve au contraire que le côté aseptisé du film apporte beaucoup au film. Ce monde un peu futuriste, mais très proche de nous est très froid et la solitude de Theodore n’est que le reflet de cette société.
    Ce film m’a totalement bouleversée quand je suis allée le voir en même temps 😉

  • Brice AULAS

    Ouaip, c’est globalement les échos que j’ai entendu sur ce film. Je voulais le voir mais finalement, je ne le regrette pas tant que cela.