Critique – Les Innocentes

Les Innocentes arrive en DVD le 21 juin. Notre avis sur ce film relatant un épisode méconnu de la Seconde Guerre Mondiale.

Avec Les Innocentes, présenté au Festival de Sundance, Anne Fontaine réalise son premier film historique. Avant cela, elle avait aussi bien porté à l’écran des comédies – Gemma Bovery , Mon Pire Cauchemar – que des drames – Nettoyage à sec, Perfects Mothers – avec, souvent, des personnages féminins très forts. C’est Lou de Lâage (Jappeloup, Respire)  – la Scarlett Johansson française, comme l’appellent les magazines féminins – qui tient ici le haut de l’affiche en incarnant une jeune femme médecin de la Croix Rouge Française qui va être confrontée à un drame vécu par des religieuses polonaises qui ont fait du secret leur seconde religion.

(Im)maculée conception

Hiver 1945. Une jeune novice polonaise sort discrètement de son couvent pour trouver un médecin, ni russe ni polonais de préférence, afin d’aider une de ses compagnes religieuses. Elle entre en contact avec Mathilde Beaulieu (Lou de Lâge), travaillant pour la Croix Rouge française et qui, malgré ses réticences finit par accepter de suivre la courageuse jeune sœur au couvent. Et là, c’est le choc : la « malade » à examiner est en fait enceinte et elles serait 7 dans le même cas, violées par des militaires soviétiques et condamnées au silence.

affiche Les Innocentes

L’Histoire parle très peu de cette abomination. La Pologne, dans une situation géographique peu enviable en période de conflit, a subi les invasions de l’Allemagne nazie puis de l’URSS. Les soldats de l’armée soviétique violeront 25 religieuses et en assassineront 20. Dans Les Innocentes, les sœurs ont échappé au massacre et se retrouvent en danger aussi bien spirituellement que physiquement.

Derrière les murs

Les murs du couvent des Bénédictines sont épais, les secrets n’en sortent pas et les étrangers y pénètrent difficilement. La venue des soldats russes a brisé le corps et l’âme des femmes du couvent mais aussi le caractère sacré du lieu et dans le cloître et les cellules planent les doutes et les questions sur la foi et l’amour de Dieu. On le voit dans les regards perdu des jeunes pensionnaires, dirigées par leur froide mère supérieure (Agata Kulesza).

A la ferveur religieuse de celle-ci s’oppose l’esprit scientifique de Mathilde qui doit batailler pour s’imposer, ne serait-ce que pour un simple examen médical. Un monde sépare la science et la religion, très bien marqué dans le film par la route déserte et glaciale que prend la jeune interne pour se rendre chez les Bénédictines. C’est la traversée d’un no man’s land entre deux camps, de la neige à perte de vue qui se fond dans le gris du ciel. Toute la palette des couleurs froides est exploitée à fond dans Les Innocentes : les coiffes blanches, les longues robes noires, les yeux bleus pâles et les 50 nuances de gris du paysage. Tristesse et désolation règnent en maîtresses absolues. Et pourtant la vie est là, portée par des femmes qui n’auraient jamais du être mères.

Émotions faibles

Anne Fontaine est une réalisatrice sensible et fine. Dans les Innocentes, elle raconte le destin des religieuses avec pudeur et douceur, évitant les oppositions trop vives ou évidentes entre les différents points de vue. A la subtilité de la mise en scène, j’aurais ajouté plus d’émotion, afin de transformer ce drame historique bien construit en grande fresque. Ils manque à ces Innocentes des envolées romanesques

L’actrice principale (Lou de Lâage) est lumineuse et a la délicatesse d’un ange. Son supérieur dans le film, Samuel (Vincent Macaigne) n’est peut-être « pas si moche » mais je ne comprends néanmoins pas l’utilité de leur romance. Ca ne sert pas la progression de l’intrigue et n’apporte rien aux personnages, ne les rendant ni plus attachants, ni plus denses. Et le mystère qui entourait le personnage de Mathilde semblait bien tel qu’il était.

Pour lire un autre article sur Les Innocentes, allez faire un tour sur le site de la Croix.

Critique - Les Innocentes
Un film subtilement filmé auquel il manque de grandes émotions
Acteurs
Mise en scène
Scénario
Images et son
On aime bien
  • Lou de Lâage, lumineuse
  • L'esthétique du film
  • Le sujet, évoqué avec pudeur
On aime moins
  • Pas de grande émotion
  • L'histoire d'amour inutile
3.3L'avis
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