Critique – Macbeth

Une guerre sanglante en plein cœur de l’Ecosse du 11ème siècle, voilà le décor planté par Justin Kurzel dans son adaptation du Macbeth shakespearien. D’autres, Orson Welles et Roman Polanski notamment, se sont auparavant prêtés à l’exercice… Verdict.

Après Les Crimes de Snowtown en 2011, le réalisateur australien Justin Kurzel s’attaque cette année à un monument de la littérature britannique, Macbeth de Shakespeare. Dans le rôle de Macbeth, un Michael Fassbender en chef de guerre valeureux. Dans le rôle de Lady Macbeth, une Marion Cotillard à l’accent anglais impeccable. Le couple va connaître l’ascension au pouvoir et, peu à peu, la chute.

Affiche du film MacBeth version 2015, tiré de l'oeuvre de Shakespeare

Un duo criminel convaincant

S’il y a une chose réussie à retenir de cette adaptation de Macbeth, il s’agit bien de la transformation des deux personnages principaux tout au long du film. Alors que celui-ci s’ouvre sur une scène d’enterrement où Marion Cotillard, alias Lady Macbeth, pleure une enfant décédée, la Française va rapidement voir son rôle évoluer en celui d’une épouse désireuse de gouverner. Pour ce rôle, notons que Marion Cotillard s’est vue décerner une nomination aux BIFA, les « British Independent Film Awards », dont la cérémonie aura lieu le 6 décembre prochain. Cette nomination peut se justifier par un rôle profondément travaillé : les deux visages du personnage, la femme sensible et la complice de meurtre assoiffée de pouvoir, sont tous les deux interprétés de manière convaincante. On appréciera également l’accent anglais travaillé de Marion Cotillard, qui ne massacre pas la langue de Shakespeare. L’on regrettera tout de même une scène particulièrement longue et ennuyante dans laquelle la frenchie préférée des Américains est filmée toute larmoyante en plan serré.

Quant à son compagnon à l’écran, Michael Fassbender, celui-ci va connaître une descente aux enfers foudroyante. Michael Fassbender semble avoir joué ce rôle toute sa vie et rien de ses muscles ou de ses cris bestiaux ne sauraient lui être reprochés. L’acteur d’X-Men incarne à merveille la folie, les doutes, les remords, et une scène me reste particulièrement en mémoire, celle du banquet où sa démence destructrice s’expose au grand jour. Michael Fassbender est dans le Macbeth de Justin Kurzel un Machiavel en puissance, et sa progression de chef de guerre courageux à roi dont la couronne est entachée de sang convainc.

Trop de sang et pas assez de sens

Du sang, il devait y en avoir des stocks sur le tournage de Macbeth. Des têtes tranchées, des hommes poignardés, la violence inonde l’écran. Mais là apparaît le véritable problème de ce film : les enjeux ne sont pas assez bien explicités, et rapidement le spectateur, fatigué par la musique entêtante qui habille chaque scène de guerre, ne s’y retrouve plus. Les personnages secondaires, c’est-à-dire quasiment tous hormis le couple Cotillard-Fassbender, meurent sans qu’on ait eu le temps de comprendre le rôle qu’ils avaient à jouer au sein de la tragédie… avant de réapparaître en tant que visions, sans finalement apporter grand chose au film. Si s’attaquer au monument littéraire qu’est Macbeth relevait du défi, on trouvera dommage qu’une tragédie aussi complexe ait été résumée aussi simplement, malgré un effort notable sur la langue.

Une tragédie américanisée à l’extrême

Vouloir faire d’une tragédie du début du XVIIème un film type blockbuster à l’américaine avec tous les moyens disponibles au XXème siècle, voilà l’écueil que n’est pas parvenu à éviter le réalisateur Justin Kurzel. La trame narrative qui fait la force de la tragédie shakespearienne semble être occultée ici, laissant place à des plans larges de bataille certes réussis esthétiquement mais inutiles à l’intrigue. Quid du suicide de Lady Macbeth, rongée par le remords ? Il n’en est rien, alors que c’est ce genre de scène qui aurait pu être splendide sous la direction de l’Australien. Le rôle des trois sorcières, qui ne sont même pas représentées comme telles à l’écran et dont on ne perçoit pas l’importance en voyant le film, passe lui aussi à la trappe. Une véritable déception pour qui a un jour lu la pièce.

Critique - Macbeth
Trop de sang mais pas assez de sens, voilà ce qu'on pourrait reprocher à cette adaptation très américanisée du chef d’œuvre de Shakespeare.
Mise en scène
Acteurs
Image et son
Scénario
On aime bien
  • La performance impeccable de Michael Fassbender
On aime moins
  • La scénarisation à l'américaine excessive
  • Une intrigue floue
1.7L'avis
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