Critique – En mai fais ce qu’il te plaît

En mai fais ce qu’il te plaît relate l’exode d’un village du Pas-de-Calais vers le sud, alors que les Allemands menacent d’envahir la région, en mai 1940. Une épopée rythmée et poignante qui rappelle à qui veut bien le voir certaines valeurs d’humanité.

L’histoire de Max et de son père Hans, un réfugié allemand ayant trouvé refuge dans un village français avec son fils, est centrale dans l’histoire d’En mai fais ce qu’il te plaît. Ce film est surtout l’histoire de leur séparation, qui représente le déchirement des familles dû à la guerre.

Affiche du film En mai fais ce qu'il te plaît

Une odyssée humaine

En mai 1940, l’annonce que l’armée allemande est sur le point d’envahir le Nord de la France retentit comme un coup de tonnerre sur le petit village de Lebucquière, dans le Pas-de-Calais. C’est dans ce village agricole qu’ont trouvé refuge Max et son père Hans après avoir fui l’Allemagne d’Hitler. Accusé d’être un espion, Hans est incarcéré en France, confiant son fils laissé derrière lui à la maîtresse du village, Suzanne Blondel, interprétée par Alice Isaaz. Alors que les Allemands s’apprêtent à débarquer, le village — guidé par son maire Paul (Olivier Gourmet) — prend la décision d’abandonner les lieux et de rejoindre Dieppe, considérée comme sûre. Femmes, hommes et enfants, accompagnés de leurs bêtes, prennent la route à pied, le plus vite possible. Ils croisent sur leur route une partie des millions de Français ayant tout quitté pour essayer de vivre ailleurs, rappelant au passage certains épisodes des migrations contemporaines. Le jeu des acteurs chargés d’incarner les valeurs de solidarité et d’entraide est à ce propos excellentissime. Dans ce contexte de guerre, chacun est confronté à sa propre humanité : les comportements égoïstes sont donc sévèrement réprimés par le groupe soudé. Du côté de l’ennemi, pas de manichéisme dans En mai fais ce qu’il te plaît : les soldats allemands sont dépeints tour à tour comme impassibles et assoiffés de sang, mais aussi comme humains, et apeurés face à la situation de guerre et à la mort. La propagande nazie, alimentée par des films tournés dans des villages désertés avec des prisonniers, est également traitée dans En mai fais ce qu’il te plaît : c’est lors de l’un de ces tournages morbides que ressort également le racisme des nazis.

Le portrait réaliste d’un point tragique de l’Histoire

En mai fais ce qu’il te plaît est un film criant de réalisme. Cela tient tout d’abord au fait que, comme le présente son réalisateur Christian Carion, le film est un « film choral » : les rôles de l’exilé allemand et de son fils ainsi que celui du soldat écossais, pour ne mentionner qu’eux, sont joués par des natifs — respectivement August Diehl, Joshio Marlon et Matthew Rhys. De plus, En mai fais ce qu’il te plaît a été tourné dans le Pas-de-Calais, ce qui confère une dimension authentique au film. En amont, Christian Carion avait lancé en 2012 un appel à témoignages afin d’obtenir des habitants du Nord des récits inédits qui ont finalement constitué la base de son film. Les éléments récoltés et mis à bout ont permis, une fois transposés à l’image, de rendre compte de la violence de cet exode. Les scènes sanglantes et brutales sont nombreuses et donnent la chair de poule : la barbarie de la guerre n’épargne personne, pas même les enfants que les adultes tentent en vain de protéger, comme dans cette scène sublime où la maîtresse évite aux enfants la vue d’un charnier humain. Ce réalisme acéré fait aussi la part belle à quelques moments de liesse, bien nécessaires pour survivre, durant lesquelles se nouent de belles relations humaines. Toutefois, cet épisode assez occulté de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale a ici été mis en scène, avec comme fil rouge la quête d’un père pour retrouver son fils. Il y a en effet un focus sur la relation entre Hans et son fils, Max, et sur la manière dont chacun cherche à retrouver l’autre. Les histoires d’En mai fais ce qu’il te plaît sont donc des histoires de rencontres, de belles amitiés naissant alors même que les bombes sèment la mort dans les champs. Les sentiments humains explosent à l’écran et touchent en plein cœur le spectateur.

Une réalisation vibrante

L’image, de Pierre Cottereau, et la bande originale composée par Ennio Morricone fusionnent et font vivre au spectateur les montagnes russes. Chaque scène est théâtralisée, bouleversante, palpitante, et ce grâce à l’osmose entre les plans et la musique qui les accompagne. Les sons éclatent, parfaitement travaillés, comme dans la scène où les bombardiers allemands survolent et mitraillent le convoi villageois. Le fil conducteur du cimetière militaire, qui rapproche aussi la Seconde Guerre mondiale — objet du film — de la première, et tend à universaliser le propos, permet aussi une harmonie en bouclant la boucle.

En mai fais ce qu’il te plaît est un film qui nous a plu par son caractère original — épisode peu traité, le jeu convaincant de ses acteurs et les émotions procurées. Il sort le 4 novembre au cinéma et on vous recommande franchement de foncer le voir ! En attendant, retrouvez la bande-annonce ici !

Critique - En mai fais ce qu'il te plaît
En mai fais ce qu'il te plaît nous a séduits par la narration d'une histoire tragique, que le réalisateur a su rendre poétique.
Image et son
Mise en scène
Acteurs
Scénario
On aime bien
  • Les acteurs parfaits dans leur rôle
  • Le traitement pertinent d'un drame historique
  • La bande son
On aime moins
  • L'aspect parfois trop documentaire peut être considéré comme un défaut du film
  • Certaines scènes poignantes mais trop attendues
3.7L'avis
Note des lecteurs: (4 Votes)