Critique – Le Professeur de Violon

La musique comme moyen d’intégration social, du moins de sortie de l’isolement sans espoir des ghettos, voilà le thème fort du Professeur de Violon, nouveau film de Sérgio Machado (Bahia, ville basse). Critique.

Musique et classique

Le professeur de Violon est un drame prof/élève qui respecte sagement les caractéristiques du genre. Laerte (interprété par Lázaro Ramos, déjà à l’affiche de Bahia, ville basse) est le fameux professeur, qui se voit contraint de donner des cours de musique dans la plus grande favela de São Polo à la suite d’une audition ratée. Lui qui rêvait d’intégrer un orchestre prestigieux, de toucher du doigt la grande musique, le voilà forcé d’enseigner les bases des bases à des élèves dissipés et peu respectueux, tant des humains que de la musique elle-même.

Affiche du film Le Professeur de Violon

Le film respecte à la lettre les codes du genre, suit scrupuleusement sa partition. Il y a donc peu de surprises, et on retrouve les inévitables scènes d’élèves rebelles, envers le professeur ou envers eux-mêmes ; la cacophonie des premiers instants; le ciment qui prend petit à petit, aidé par un jeune au talent aussi indéniable qu’inattendu ; la reconnaissance de ce ciment, de la musique comme moyen d’émancipation et comme élément devenu nécessaire… Le Professeur de Violon égrène les passages obligés, attendus. Mais, si l’on pouvait dès lors craindre une certaine forme de paresse menant à l’ennui du déjà vu, il n’en est rien. La musique est simple, mais sa magie opère.

Le Professeur de Violon, ou l’exaltation humaine

Le genre comporte souvent une part de naïveté, un aspect un peu niais qu’on voit arriver de loin : l’enseignant, au travers d’un élément fédérateur (ici la musique), parvient à transformer le chaos initial renfermé sur lui-même en un groupe soudé et ouvert vers l’extérieur. Pas toujours facile à accepter pour le spectateur et son cynisme emprunté à la vie réelle. Le parcours de Laerte est donc similaire à celui du spectateur : habitué aux grands orchestres, à la grande musique, il lui faut reprendre à zéro avec ces élèves de rien, qui n’aspirent pas à grand-chose musicalement parlant, qui ne comprennent même pas l’importance de pouvoir lire une partition pour jouer. Peu à peu, le spectateur, comme Laerte, réapprend à considérer la simplicité comme vecteur de valeurs, et l’importance de ces dernières. A mesure que le professeur apprend à considérer la musique comme autre chose qu’une fin en soi, et donc ses élèves comme autre chose que des voyous, le spectateur fait de même, apprend à considérer l’espoir et la bonté comme autre chose que des notions désuètes.

Photo du film Le Professeur de Violon

Il faut dire qu’il y a quelque chose de fort dans ce Professeur de Violon, une volonté de refuser les clivages que la société impose, sans pour autant les nier. Ainsi c’est bien la musique classique qui est enseignée à ces ados des favelas, la musique blanche bourgeoise par excellence, celle que l’on associe bêtement mais naturellement à une certaine forme d’élite. Et les ados d’apprécier cette musique tout autant que le hip-hop de leurs soirées, ou même que leur propre musique traditionnelle (excellente scène où, sur un toit, deux gamins entament un bœuf mêlant Bach et musique brésilienne). La musique est là un marqueur clivant reconquérant son caractère universel (rappelons au passage que Le Professeur de Violon s’inspire de faits réels). Il se dégage du film un élan d’espoir qui fait du bien, et se retrouve incarné par Laerte lui-même, écho des sociétés occidentales : de personnage centré sur son ambition personnelle (par ailleurs difficile à atteindre), il se tourne peu à peu vers l’autre, vers les autres, et construit avec eux un édifice finalement plus important, dans tous les sens du terme. Le Professeur de Violon n’est pas un film sur la musique, c’est un film politique.

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Critique - Le Professeur de Violon
Le Professeur de Violon utilise la musique comme moyen d'émancipation sociale, au travers d'un film classique et touchant.
Scénario
Acteurs
Mise en scène
Images et son
On aime bien
  • Le discours politique du film
  • L'efficacité de l'ensemble
  • La musique
On aime moins
  • La fin aurait pu être plus puissante
3.7L'avis
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