Critique – Queen of Earth

Queen of Earth, thriller américain réalisé par Alex Ross Perry et sorti en salles le 9 septembre, raconte l’amitié toxique et maladive entre deux jeunes femmes, coincées dans le huis-clos d’une maison de campagne au milieu de nulle part. Voici notre avis.

Un portrait psychologique troublant

Queen of Earth est un film superposant deux séquences temporelles, deux étés dans la vie de deux jeunes femmes, dans un décor idyllique qui va rapidement se transformer en enfer sur terre. L’on ne peut dire mieux que Jean-Paul Sartre, lorsqu’il affirmait dans sa pièce Huis-Clos « L’enfer, c’est les autres. », à la fin du visionnage de ce thriller, dont l’appartenance à ce genre tient plus à l’ambiance terrifiante qu’à une histoire véritablement criminelle. Les deux temporalités se réfléchissent mais ne se ressemblent pas : le premier été est marqué par la domination de Catherine, qui a emmené avec elle son amoureux James, au grand dam de Virginia, enfermée dans sa solitude. Le second été, auquel est consacrée la majeure partie du film, c’est au tour de Catherine de s’enfermer dans une solitude forcée suite au décès de son père et à sa rupture avec son fiancé James. Virginia, quant à elle, a repris du poil de la bête en une année. Nous assistons donc pendant une heure et demie à une guerre silencieuse – ou presque – entre deux femmes dont la relation empoisonnée éclate au grand jour. Les traits de caractère des deux femmes ont été l’objet d’une attention toute particulière et l’aspect psychologique est intéressant. Le côté « freaky » du film fait également penser à la thématique de la maison hantée : tout se passe comme si, une fois dans cette maison au cadre pourtant paisible et bucolique, les pulsions les plus épouvantables éclataient en pleine figure des personnages.

Image de Queen of Earth

Confrontations en série et confessions unilatérales

Monologues, silences, ou au contraire cris de rage et rire hystérique, voilà que les deux extrêmes des relations humaines se succèdent dans Queen of Earth et viennent encadrer les réminiscences d’une amitié autrefois heureuse. Car l’amour est bel et bien présent au sein de cette relation, et c’est sûrement ce trop-plein d’amour entre les deux femmes qui les pousse à disjoncter à un moment donné, chacune leur tour. A certains égards, le traitement de ce sujet lourd que sont les relations toxiques peut rappeler le somptueux Respire de Mélanie Laurent, même si les actrices de la réalisatrice française étaient plus jeunes et plus fougueuses, tout en étant aussi perverties que Virginia et Catherine. Cette perversion que l’on pourrait croire indécelable tant l’aspect schizophrène des personnages semble souligné dans Queen of Earth, saute pourtant aux yeux des personnages secondaires. Tous sont confrontés à la folie des deux femmes, qui peuvent parfois se montrer menaçantes.

Soin de l’image et esthétique angoissante

Les premières images de Queen of Earth sont à l’image du reste du film : gros plan sur les visages, priorité aux émotions, cadre resserré. Un peu à la manière de David Fincher, et spécialement dans Gone Girl, Alex Ross Perry filme ici ses personnages féminins en accordant un soin particulier aux traits du visage et à leur déformation par les émotions. Les crises de démence de Catherine, l’incompréhension de Virginia, la peur chez les personnages masculins, tout passe par le regard et les expressions faciales. Le sourire, particulièrement celui d’Elizabeth Moss, est un élément central du jeu des deux actrices, de même que les rires qui deviennent entêtants. En outre, les jeux de regards sont également comme forcés, et nous hantent bien après la fin du film par leur côté glaçant.

In fine, l’on sort de la projection de Queen of Earth pénétrés d’un profond sentiment de malaise, de gêne mais également de pitié, ne sachant toutefois pas avec qui des deux personnages compatir. Vous pouvez retrouver une autre critique du film Queen of Earth sur le site de Libération.

Critique - Queen of Earth
Un thriller angoissant mais surtout très dérangeant, laissant penser que le malaise est l'angle choisi par le réalisateur.
Acteurs
Mise en scène
Image et son
Scénario
On aime bien
  • Le jeu des deux actrices, très convaincant
  • Le huis-clos qui renforce l'angoisse déjà présente par la musique
  • Le réalisme d'une amitié toxique
On aime moins
  • Un malaise plus profond qu'il n'est sûrement voulu
  • Quelques longueurs par moments
3.1L'avis
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