Critique – La rage au ventre

Critique du film La rage au ventre, l’histoire d’un boxeur tombé du ring qui mène le plus important combat de sa vie, interprété par Jake Gyllenhaal. Victoire par KO ?

La boxe vit toujours de belles heures de gloire sur grand écran. Après la saga Rocky de et avec Sylvester Stallone (Expendables) et le succès en 2004 de Million Dollar Baby de Clint Eastwood, c’est aujourd’hui Jake Gyllenhaal qui enfile les gants pour La rage au ventre. Ce film se place-t-il dans la lignée de ses prédécesseurs ?

Un scénario de seconde division

La rage au ventre, ou Southpaw en version originale, retrace le parcours de Billy Hope, champion de boxe dont la carrière s’effondre lorsqu’une altercation avec le gang de son rival cause la mort de son épouse, Maureen, jouée par Rachel McAdams. Dépression, alcool, violence, tentative de suicide, dettes, la justice estime que Billy n’est pas apte à élever sa fille de 10 ans, Leila, et lui en retire la garde. Ruiné, prêt à tout pour récupérer sa fille, Billy rencontre Tick Wills (Forest Whitaker) et reprend avec lui l’entraînement pour revenir dans l’arène.

Affiche film La rage au ventre

Malgré de nombreuses qualités, La rage au ventre présente un problème majeur : son scénario manque cruellement d’originalité. La boxe impliquant patience et combativité, ce sport est idéal pour conter le récit initiatique du héros, comme cela est développé dans les films cités plus haut. Le héros qui se brûle les ailes, qui perd famille, gloire et fortune et qui doit se battre pour trouver une nouvelle vie, en soi rien de nouveau.  L’histoire de Billy Hope pourrait parfaitement être celle d’un énième Rocky, mais sans Rocky. Plus drôle encore, la trame du scénario de La rage au ventre est quasi identique à celle de Fatal (oui, la comédie de Michaël Youn), de sa vie luxueuse en début de film jusqu’au combat final contre son rival pour trouver la rédemption. Malgré tout, la simplicité de ce schéma narratif permet à La rage au ventre d’être très efficace dans sa progression : les liens entre les personnages et leur différents enjeux sont en effet facilement identifiables pour le spectateur. Pas de chichi, donc, La rage au ventre va droit au but.

Un casting de vainqueurs

Sur la première place du podium, on retrouve l’acteur interprétant le personnage principal, Jake Gyllenhaal. Après des débuts très remarqués dans Night Call et Enemy, dont nous avions fait l’analyse explicative complète, celui qui est en ce moment à l’affiche du film Everest se démarque à nouveau dans ce rôle de boxeur ayant tout perdu. Jake Gyllenhaal signe ici une belle performance, tant sur son jeu d’acteur que sur le plan physique, particulièrement convaincant lors des scènes sur le ring.

Parmi le reste du casting, on remarque également la petite Oona Laurence, dans le rôle de Leila, qui donne la réplique à Jake Gyllenhaal lors des scènes particulièrement réussies où Billy va voir sa fille placée dans un foyer. Les enfants acteurs vraiment doués sont rares, autant le signaler. Forest Whitaker, quant à lui, est touchant dans son rôle d’entraineur d’une petite salle de boxe de quartier, bien que son personnage, Tick Wills, manque un peu de profondeur. Peu d’éléments de son histoire ou de sa carrière sont développés dans le détail, ce qui est dommage, car il aurait pu servir de miroir à Billy Hope, comme le reflet du champion déchu qu’il peut devenir s’il ne revient pas dans l’arène. Dommage.

Jake Gyllenhaal

La boxe, ou le dernier espoir de Billy pour retrouver sa fille

Réalisation et ambiance soignées

Lorsqu’on fait un film sur un sport, le principal est encore de transmettre à l’écran les mêmes émotions que devant un véritable match. Chose faite pour La rage au ventre, qui s’ouvre et se conclut par deux combats. En nous emmenant sur le ring avec les boxeurs, ces scènes sont surtout très bien rythmées, faisant monter le suspense round après round – malgré l’issue facilement prévisible. Côté bande-originale, La rage au ventre s’accompagne de sonorités rap : surprise du chef, l’agent véreux de Billy Hope est d’ailleurs interprété par Curtis « 50 cent » Jackson, appuyant de sa (courte) présence l’ambiance street du film. La chanson promotionnelle Phenomenal est quand à elle interprétée par Eminem. Du lourd dans le milieu.

Antoine Fuqua, le réalisateur, soigne l’ambiance de son film en plaçant sa caméra de sorte à ce qu’elle suive son personnage principal comme s’il s’agissait d’un documentaire. On nous montre son quotidien avant et après la mort de sa femme, sa lutte face au tribunal pour récupérer sa fille et, évidement, son nouvel entraînement de boxe. On remarque d’ailleurs qu’il n’y a pas de flashback pour illustrer la carrière du boxeur, des trophées le long des murs se suffisent à eux-mêmes. La caméra suit la perspective de Billy au point où, à l’instant précis où Maureen meurt, l’image pivote de 90°, comme pour illustrer que la vie de Billy bascule en même temps que la caméra. Une réalisation soignée donc, et chargée de sens. Dernier bémol en aparté, pour la traduction du titre du film : en anglais « southpaw » désigne dans le jargon de la boxe une posture propre aux gauchers, grâce à laquelle Billy Hope remporte son dernier combat. Si La rage au ventre décrit très bien le caractère du personnage principal, on regrette le manque d’impact du titre français comparé au titre original.

Pour d’autres avis sur La rage au ventre, voici les liens d’autres critiques ici, et .

Critique - La rage au ventre
Malgré quelques défauts, La rage au ventre se laisse regarder avec plaisir, ne serait-ce que pour les scènes de boxe. Un presque Rocky, mais sans Rocky.
Mise en scène
Scénario
Acteurs
Image et son
On aime bien
  • Jake Gyllenhaal
  • Les scènes de boxe, très bien filmées
On aime moins
  • Le manque d'originalité
  • Les personnages secondaires pas suffisamment développés
3.0L'avis
Note des lecteurs: (2 Votes)
  • Titre : La rage au ventre
  • Année de sortie : 2015
  • Style : Drame
  • Réalisateur : Antoine Fuqua
  • Synopsis : Champion du monde de boxe, Billy Hope mène une existence fastueuse avec sa superbe femme et sa fille qu’il aime plus que tout. Lorsque sa femme est tuée, son monde s’écroule, jusqu’à perdre sa maison et sa fortune. Pire, la garde de sa fille lui est retirée, la justice estimant son comportement incompatible avec son rôle de père. Au plus bas, il trouve une aide précieuse en la personne de Tick Willis, un ancien boxeur avec lequel il reprend l’entrainement. Billy va devoir se battre pour trouver la voie de la rédemption et regagner ainsi la garde de sa fille.
  • Acteurs principaux : Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams, Forest Whitaker
  • Durée : 2h
  • http://camillelatouche.com/ Camille LATOUCHE

    Hello, pas vraiment convaincu par le film. J’ai l’impression de voir  »de l’ombre à la lumière » en moins bien. De l’action, oui, mais je trouve le tout un peu Longuet.

  • Jofart

    J’ai pensé tout pareil du film, sauf pour la musique. Y a du lourd derrière, Eminem est à la prod’ en plus. Mais ça ne donne rien dans le film. Et encore au moins à part.

    • Lucile Malargé

      C’est vrai oui, c’est pour ça que j’ai nuancé le propos en ne mettant pas plus de 3/5 pour « image et son » 🙂

  • Alexandra

    Comparer le film avec Fatal, tu es dure quand même ! 😉
    On est allé voir La rage au ventre un peu par hasard et j’ai beaucoup aimé. En fait j’ai même pleuré tout le long, peut-être parce qu’en tant que maman je me suis transposée.

    • Lucile Malargé

      Les scènes avec sa fille au foyer sont très touchantes, oui. La comparaison avec Fatal, c’était uniquement pour le schéma narratif, pour souligner le côté « déjà-vu ». Mais en soi, Southpaw est un bon film quand même ^^