Critique – Suite française

Notre critique de Suite française, l’aboutissement d’un incroyable roman au cinéma.

Il est impossible d’aborder Suite française sans replacer le destin extraordinaire de l’œuvre qui a servi de base pour le film ici abordé. Suite française, avant de débarquer dans nos salles, est un roman de Irène Némirovsky, auteure juive ukrainienne morte à Auschwitz le 17 Août 1942. En 1998, ses filles retrouvent un peu par hasard, dans des notes rangées avec soin, des textes totalement inédits de leur mère. Divisés en cinq parties (Tempête de Juin, Dolce, Captivité, Batailles et La paix), et les trois derniers n’étant qu’à l’état de notes, les éditions Delanoël décide de sortir le roman Suite française, réunissant les deux premières parties. Le résultat est tellement bon que Suite française reçoit, en 2004, le prix Renaudot, ce qui fait d’Irène Némirovsky la seule auteure posthume de l’histoire de cette distinction.

De la Suite française dans les idées.

Suite française débute en Juin 1940. La France est dorénavant occupée par l’Allemagne nazie. Dans ce chaos naissant, Lucile Angellier (Michelle Williams) est dans l’attente d’un signe de vie de son mari parti combattre au front. Domiciliée chez sa riche belle-mère (Kristin Scott Thomas), propriétaire de plusieurs terrains dans le village de Bussy, la jeune femme se sent soumise, obligée de faire bonne figure pour garder un toit au-dessus de sa tête. L’armée nazie rentre dans la bourgade, et les deux femmes sont contraintes de loger chez elle le lieutenant Bruno von Falk (Matthias Schoenaerts, vu dans Les jardins du roi, Quand vient la nuit). Une attirance va alors s’installer entre Lucile et le soldat allemand.

image affiche suite françaiseUn pathos gênant.

Le synopsis de Suite française peut faire penser, de loin, à l’excellent Black book de Paul Verhoeven. Mais assez vite, Suite française s’éloigne radicalement du rendu sadique, remuant, du dernier grand film du hollandais fou. L’ouverture de Suite française met un point d’honneur à vouloir bien instaurer la relation entre Lucile et sa belle-mère, qui sera l’un des ressorts dramatiques pour la suite du film. On les suit dans la récolte des loyers de leurs propriétés, et la jeune femme interprétée par Michelle Williams paraît à la fois effacée et soumise, à la traine d’une marâtre bien sévère. On n’en est pas à comparer la relation avec celle de Cendrillon, mais il est clair que l’intention de ce début de Suite française est de faire naître un peu de pathos autour du personnage de Lucile, qui doit être adoubé dans son attirance. C’est là que la déception débute, car le réalisateur de Suite française, Saul Dibb,semble ne pas avoir confiance en la force naturelle d’une telle situation.

Des ficelles, mais pas de strings.

Après une séquence de bombardement réussie malgré des effets spéciaux pas folichons, Suite française rentre dans le cœur de son sujet : la relation entre une femme et un homme que tout semble opposer. Il y avait de quoi rendre l’histoire de Suite française passionnante de par l’incroyable force viscérale que l’humain peut dégager en faisant fi de situations pourtant absolument tragiques. Car derrière l’uniforme, il y a un homme, et l’espoir qu’on doit faire fleurir est que cet être, pris dans une folie meurtrière collective, peut être sauvé. Bruno von Falk, musicien avant d’avoir été appelé sous les drapeaux à croix gammée, se découvre bien plus obligé que volontaire. Le problème est que le scénario de Suite française use parfois de grosses ficelles, pas spécialement gênantes mais qui ont tendance à aplatir le sadisme de l’attirance entre deux ennemis apparents. On pense notamment à une séquence de Suite française, d’ailleurs assez bien mise en scène et c’est une constante dans le film, où Bruno von Falk doit provoquer un drame sanglant. Le pathos est tellement présent à ce moment précis de Suite française, autour du personnage et à l’encontre de la logique (ses supérieurs présents ne le voient pas hésiter ?), que le spectateur ne peut pas être remué et en reste juste à ressentir un dilemme.

image michelle williams Suite françaiseUne suite, c’est rarement bon.

Suite française déçoit dans son écriture, même si on ne peut pas non plus assurer ne pas être pris dans l’histoire. On adhère totalement au point de vue finement féminin de Suite française, malgré encore une fois des ficelles trop voyantes. Le coup du mari finalement pas si attendu que ça est prévisible et ne sert, encore une fois, qu’à rendre l’intrigue la plus facile possible pour le spectateur. Quand à la ribambelle de personnages secondaires de Suite française, elle est survolée et on capte difficilement l’utilité de certains. On est décidément bien loin de Black book. Mais tout de même, grâce à une belle ambiance et une interprétation solide, notamment un Matthias Schoenaerts très juste, on arrive à tout de même être touché. Et signalons que, visuellement, le film ravit en recourant à la pellicule, qui donne une certaine personnalité aux images. Le dernier tiers de Suite française enchaîne ainsi les moments forts, nous fait sortir de notre torpeur, jusqu’à un final émouvant et même angoissant. Au final Suite française déçoit côté scénario mais n’est pas non plus une catastrophe, c’est juste que le traitement facile d’accès, pour tous publics, ne rend pas spécialement justice à une situation très sombre. Et c’est bien dommage.

Suite française, les bonus.

Pour voir la bande-annonce de Suite française, c’est par là.
Pour découvrir Irène Némirovsky, auteure de Suite française, voici un site dédié.
N’hésitez pas à lire d’autres critiques de Suite française, notamment chez A voir a lire.

Critique - Suite française
Suite Française déçoit à cause du traitement de son intrigue, pas assez sentimentalement chargée, trop facile d'accès.
Scénario
Mise en scène
Acteurs
Image et son
On aime
  • Le casting fait ce qu'il peut.
  • La pellicule 35 mm.
  • La fin.
On aime moins
  • Pas assez remuant.
  • Personnages secondaires délaissés.
2.4La note
Note des lecteurs: (5 Votes)