Trainspotting 2

20 ans après le cultissime Trainspotting, Danny Boyle remet le couvert avec le casting originel au complet. Ewan McGregor, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle et Ewen Bremner reprennent donc leur rôle de déjantés, junkies ou ex-junkies, pour une suite que l’on attendait avec méfiance. Craintes justifiées ? Notre critique.


Si Trainspotting était l’adaptation éponyme du premier roman de l’écrivain écossais Irvine Welsh, le sobrement intitulé Trainspotting 2 n’est qu’inspiré de la suite de ce roman, Porno (paru en 2002). Le scénario du nouveau film de Danny Boyle est donc original – ou en partie original. Après avoir trahi ses meilleurs amis pour leur voler quelques 12 000£, Mark Renton (Ewan McGregor) est parti vivre une vie normale à Amsterdam, pendant que Sick Boy (Jonny Lee Miller), Spud (Ewen Bremner) et Begbie (Robert Carlyle) restaient à Edimbourg et reproduisaient les schémas de leur vie de losers. Seulement voilà : la vie normale a duré un temps, et aujourd’hui Renton rentre chez lui. Sick Boy s’est reconverti en maquereau-arnaqueur, Spud n’est jamais sorti de la drogue, et Begbie s’évade de prison avec la ferme intention de se venger de son ancien pote…

Affiche du film Trainspotting 2

Un film sur la vieillesse

On ne peut s’empêcher d’être déçu lorsque le film commence. Comme pour Trainspotting, il s’ouvre sur une course effrénée, mais cette fois Mark Renton court sur un tapis, dans une salle de sport. Le dynamisme fou du film de 1996 a laissé place à une certaine platitude, un calme que la musique, toujours très présente, ne parvient pas vraiment à chahuter. Ce sentiment est d’ailleurs général, et l’on se sent frustré d’avoir perdu cette folie virevoltante, cette énergie intense qui avait contribué à faire de Trainspotting le film culte qu’il est devenu. Trainspotting 2, lui, paraît fade.

Les personnages se retrouvent. Entre vieilles rancœurs (comment pardonner la trahison d’un ami ?) et souvenirs nostalgiques (les quatre cent coups faits ensemble, les galères, les petits bonheurs), les relations sont montrées sous l’angle du passé, du regret et d’une certaine mélancolie. Et l’on comprend petit à petit le projet du film. Trainspotting 2 égrène régulièrement des images du film précédent, multiplie les clins d’œil comme s’il s’auto-référençait. En réalité, Danny Boyle applique à son film le même traitement qu’à ses personnages : s’il paraît n’être qu’une suite nostalgique de Trainspotting, c’est parce que les personnages ne sont qu’une suite nostalgique d’eux-mêmes. Toujours perdus, toujours losers sans avenir, ils n’ont que leur passé à se remémorer, et quelques plans foireux à mettre sur pied pour tenter d’avancer – comme à l’époque. Si Trainspotting 2 semble avoir perdu l’énergie de son aîné, c’est parce qu’il vit au rythme de ses personnages, qui ont vieilli, tout simplement. Vingt années sont passées, et rien n’a changé, ou presque. Les protagonistes n’ont pas réussi à aller de l’avant, y compris Renton et le pactole qu’il avait dérobé et qui constituait pourtant une base à partir de laquelle construire. Cela n’aura duré qu’un temps.

La bande à Renton au complet

No future

Malgré l’humour toujours présent, Trainspotting 2 pose un regard plus désenchanté encore que son prédécesseur : si les situations sont fondamentalement similaires, le point de vue adopté est cette fois empreint de désillusion. Le film porte un regard assez terrible sur le fait de vieillir. Vers le milieu du film, Ewan McGregor interprète un remake moderne du célèbre monologue Choose life, qui servait d’ouverture à Trainspotting. Mais alors que la tirade de 1996 sonnait comme un défi, un acte de rébellion, celle de 2017 est désabusée et triste. La première était prononcée sur fond de course-poursuite dans la rue, la seconde au restaurant, assis, et se pose telle une référence explicite à un passé révolu, perdu. Le temps a passé, et il a vaincu l’énergie, la confiance, l’insouciance.

Vingt ans après, il ne semble toujours pas y avoir de futur ; rien qu’un long présent. Les amitiés sont toujours toxiques, les coups toujours foireux, les résultats toujours pathétiques. La situation est peu ou prou la même qu’en 1996, seul le regard change : il est las, il est résigné. Et Trainspotting 2 prend tout son sens dans ce contexte, sa construction se révélant étonnamment pertinente. Sans doute pas à la hauteur de son glorieux aîné, il n’en demeure pas moins une belle réussite.

Pour un autre point de vue, ça se passe sur lesinrocks.com.

Trainspotting 2
20 ans après Trainspotting, Danny Boyle nous livre une suite qui réinterprète le film culte de la génération brit-pop en appuyant sur le temps qui s'est écoulé. Une réussite surprenante.
Scénario
Acteurs
Mise en scène
Images et son
On aime bien
  • La construction en miroir fatigué
  • La qualité ascendante du film
  • Trainspotting
On aime moins
  • La folie du premier film n'est plus là
  • Peu de prises de risque
3.3L'avis
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