Critique – Souvenirs de Marnie

Souvenirs de Marnie d’Hiromasa Yonebayashi est le dernier-né des studios Ghibli. Critique d’un film touchant.

Souvenirs de Marnie est un long métrage d’animation inspiré du livre anglais When Marnie was here de Joan G. Robinson. Anna, 12 ans, est une jeune fille solitaire et mal dans sa peau. Renfermée et entretenant des relations difficiles avec son entourage et les gens de son âge, l’adolescente se réfugie dans le dessin. Les difficultés ne s’arrêtent pas là puisque l’héroïne de Souvenirs de Marnie souffre d’un asthme qui va en s’aggravant. Suite à une énième crise, sa mère adoptive l’envoie respirer le bon air de la campagne chez son oncle et sa tante, la famille Oiwa. Près du village où ils vivent elle découvre une grande maison abandonnée située au cœur des marais. D’emblée, la bâtisse surnommée « La Maison du Marais » par les habitants de la région la fascine et l’attire. Bien que l’endroit qui lui semble familier soit inhabité depuis des années, elle aperçoit un jour la silhouette d’une jeune fille blonde. Très vite, Anna se lie d’une amitié fusionnelle avec cette habitante du nom de Marnie, l’autre personnage central de Souvenirs de Marnie. Dès lors, chaque fois qu’elle en a l’occasion Anna traverse les marais pour rejoindre son amie qui s’avère être bien mystérieuse. A travers l’échange et l’amitié, Anna va évoluer et tenter de répondre à cette question : mais qui est Marnie ?

Affiche de Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi

Anna et Marnie, les 2 personnages centraux de Souvenirs de Marnie

Souvenirs de Marnie, un animé des studios Ghibli

Souvenirs de Marnie est un dessin animé des studios Ghibli créé par Hiromasa Yonebayashi, que l’on connaît pour Arietty et le petit monde des chapardeurs. La production du film s’inscrit dans un contexte particulier c’est pourquoi un petit rappel s’impose. C’est en 1985, après la sortie de Nausicaa, que les réalisateurs japonais Hayao Miyazaki et Isao Takahata, donnent naissance au studio d’animation Ghibli avec son célèbre logo bleu représentant la silhouette d’un Totoro. Les deux hommes réalisent alors eux mêmes les longs métrages de leur société.  Le premier créera les petits bijoux que sont Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro ou encore Le château ambulant (pour ne citer qu’eux). De son côté, Isao Takahata propose Le Tombeau des lucioles ou bien Pompoko (liste non exhaustive). Le premier long métrage officiel de Ghibli est Laputa, le château dans le ciel. Au début, la survie du studio est incertaine et les équipes ne sont pas permanentes. Le principe de fonctionnement est alors le suivant : si un film connaît le succès il est alors possible de produire le suivant, sinon tout s’arrête. Fort heureusement, les premiers long métrages proposés par les deux maîtres de l’animation, bien que n’ayant pas fait un très grand nombre d’entrées, rencontrent un immense succès critique. Pour obtenir un véritable succès au box office japonais, il faut attendre 1989 avec Kiki, la petite sorcière. En 1992, Miyazaki s’investit dans un projet lourd en décidant de faire construire de nouveaux locaux plus adapté aux besoins des équipes. Le nouveau studio sort de terre en même temps que le film Porco Rosso réalisé parallèlement par le réalisateur.

Peu à peu, le studio Ghibli, qui se porte bien, donne sa chance à de nouveaux réalisateurs. En 1993, Ghibli sort donc Je peux entendre l’océan, son premier film issu d’un nouveau venu : Tomomitsu Mocchizuki. Suite à cela, Ghibli confie également notamment la réalisation à Yoshifûmi Kondô puis, plus tard, à Goro Miyazaki (le fils du maître Hayao) ou Hiromasa Yonebayashi (réalisateur de Souvenirs de Marnie). Bien que très reconnu au Japon et ayant à l’occasion fait parler de lui à travers le monde, ce n’est qu’en 1997 que le studio acquiert une véritable renommée internationale avec la sortie de Princesse Mononoké. Le film s’exporte à l’international après deux ans de travail intensif. En 1998, Hayao Miyazaki prend sa retraite mais il revient vite suite au décès de Yoshifûmi Kondô, considéré comme son successeur. En 2001, le Voyage de Chihiro est un véritable triomphe, Ghibli poursuit sa route. En 2013, lors de la Mostra de Venise, Miyazaki, devenue une figure emblématique, annonce que Le Vent se lève est son dernier film avant la retraite. En parallèle, Takahata semble également se rapprocher de la sortie. Peu après la sortie de Souvenirs de Marnie, Toshio Suzuki (producteur en chef) fait une annonce qui donne naissance à une rumeur selon laquelle le studio Ghibli fermerait définitivement ses portes suite au départ de Miyazaki et aux faibles taux d’entrées des dernières productions. Souvenirs de Marnie serait l’ultime métrage. Les fans sont dépités mais il semblerait que l’information soit fausse et que le studio se mette seulement en pause quelques temps afin de se restructurer. Y aura t-il un film après Souvenirs de Marnie?

Plus d’informations sur le studio Ghibli : Buta Connection, Kanpai!, Frames.

Une histoire d’amitié forte

Notons dans un premier temps que les deux héroïnes de Souvenirs de Marnie sont des personnages féminins, ce qui rejoint une tradition du studio Ghibli de mettre en avant des femmes à travers ses films comme c’est le cas dans Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké et bien d’autres. Souvenirs de Marnie c’est avant toute chose une histoire d’amitié très forte entre deux adolescentes du même âge. La connexion qui s’établit entre les deux est immédiate et indestructible. Anna et Marnie apprennent à se découvrir, elles vont échanger et partager leurs peines jusqu’à essayer de déterminer laquelle est la plus malheureuse. Anna est un personnage un peu garçon manqué qui est renfermée sur elle-même et est très malheureuse. Marnie, quand à elle, est un personnage rayonnant, souriant, encourageant. Le duo se complète bien. Si cette amitié forte est belle à voir, il n’en reste pas moins qu’elle peut aussi s’avérer ambiguë. Les amies se touchent, s’effleurent, s’étreignent beaucoup. Les filles de Souvenirs de Marnie se font des promesses, des déclarations dignes de deux personnes amoureuses l’une de l’autre. Leurs mots et leurs gestes trahissent un rapprochement qui semble parfois aller au delà de l’amitié. C’est notamment le cas au moment où Anna boit trop d’alcool parce qu’elle est jalouse d’un garçon qui discute avec Marnie. En soi, cette ambiguïté n’est pas dérangeante mais c’est lorsque l’on comprend qui est réellement Marnie vis-à-vis d’Anna que le malaise s’installe. L’autre bémol de cette relation amicale c’est le trop-plein de bons sentiments qu’elle suscite. Leur amitié est belle et enviable, mais les déclarations et les promesses que se font les amies de Souvenirs de Marnie les rapprochent dangereusement de la frontière de la mièvrerie.

Souvenirs de Marnie ou le mystère

Souvenirs de Marnie est un film qui pose une question centrale : « Qui est Marnie? ». Un véritable mystère rôde autour de ce personnage. Le spectateur se demande sans cesse si elle est réelle, si elle est vraiment là. Existe t-elle réellement ou est-ce une réminiscence du passé, un fantôme? En effet, c’est un protagoniste souriant, sympathique mais qui est vêtu de vêtements d’une autre époque, qui convie à des soirées qui semblent issues d’un autre temps. Quand Anna voit Marnie pour la première fois à travers la fenêtre de la bâtisse qui la fascine, elle ne sait pas s’il s’agit d’une vision ou de la réalité puisque l’image disparaît vite et que la maison du marais est censée être inhabitée. A d’autres moments, elle parle avec Marnie, puis semble soudainement se réveiller après un rêve. A chaque instant il subsiste un questionnement sur ce qui est du domaine de la réalité et ce qui ne l’est pas. Les pistes entre l’imaginaire et le réel sont brouillées, les repères disparaissent. Souvenirs de Marnie est donc un film qui baigne dans une atmosphère onirique, poétique et mystérieuse suscitant de nombreuses interrogations. Ce sont d’ailleurs ces questionnements qui permettent de retenir l’attention du spectateur et de le tenir en haleine jusqu’à la fin. S’il n’est pas évident de faire le tri entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, certains spectateurs trouveront malheureusement la réponse à la question « Qui est Marnie? » avant la révélation finale.

Les thèmes abordés dans Souvenirs de Marnie

Souvenirs de Marnie aborde plusieurs thématiques à travers ses personnages. Le premier et le plus important est la question du mal-être adolescent. Anna incarne à elle seule la difficulté de ce moment de transition de l’enfance vers l’âge adulte. Elle éprouve une haine immense envers elle-même qui se répercute dans son rapport aux autres. La jeune fille est très mal dans sa peau, elle se considère anormale et ne trouve pas sa place. Les premières secondes du film sont d’ailleurs consacrées à ce mal-être qui est immédiatement mis sur le tapis. La souffrance de l’héroïne de Souvenirs de Marnie est immense et se traduit par la solitude, le repli sur soi et la tristesse. Malgré son attitude parfois désagréable envers son entourage, Anna est un personnage touchant car son comportement ne fait que traduire son désespoir.

Le second thème abordé dans le film est le rapport à la filiation. Dans Souvenirs de Marnie, il est très vite fait mention du fait qu’Anna est une enfant adoptée suite au décès de sa famille, par celle qu’elle appelle « sa tante » mais qui n’est autre que sa mère adoptive. Anna entretient en effet un rapport conflictuel avec cette dernière car elle a découvert qu’elle touchait de l’argent pour l’élever. Cela affecte profondément la jeune fille et participe à son mal-être. De son côté, Marnie est rayonnante mais elle cache aussi des blessures. Elle adule ses parents mais ceux-ci semblent la délaisser et la négliger.

Attention, spoiler

Globalement, les thèmes abordés par Souvenirs de Marnie sont lourds et peu propices à la légèreté. Si quelques personnages apportent un peu de gaieté à l’ensemble, c’est le sentiment de tristesse qui prévaut.

Pour conclure, Souvenirs de Marnie est un long métrage d’animation extrêmement bien dessiné qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du studio Ghibli. Si le film n’a pas rempli les salles, il reste plaisant et touchant à voir.

Pour en savoir plus sur Souvenirs de Marnie :

Critique - Souvenirs de Marnie
Dernier né des studios Ghibli, Souvenirs de Marnie raconte une histoire d'amitié forte entre Anna et Marnie, deux jeunes filles du même âge. Entre réalité et imaginaire, le mystère plane autour de Marnie. Qui est-elle? Critique d'un film onirique et touchant.
Scénario
Mise en scène
Image et son
On aime bien
  • Les thèmes abordés
  • Les graphismes
On aime moins
  • Le manque de développement de certains personnages secondaires
  • Le manque de légèreté
3.8L'avis
Note des lecteurs: (2 Votes)