Critique – Broadway Therapy

Broadway Therapy, ou le grand retour de Peter Bogdanovich aux commandes d’un long métrage. Notre critique.

Près de 13 ans après son dernier long métrage, Un Parfum de Meurtre avec Kirsten Dunst, le réalisateur – et acteur – Peter Bogdanovich revient avec une comédie de mœurs vintage pleine de charme et de quiproquos, Brodaway Therapy (She’s Funny that Way en version originale) co-écrite avec son ex-épouse Louise Stratten. L’histoire nous plonge au cœur de New York où nous suivons les (més)aventures d’Isabella, aka Glo Stick (Imogen Poots), une ancienne escort-girl devenue comédienne. La jeune femme se confie à une journaliste (Illeana Douglas) et au travers de cette interview, nous comprenons un peu mieux son parcours atypique. Si le réalisateur maîtrise du bout des doigts les codes du vaudeville, peut-il revenir au niveau des grands films (Mask, La Dernière Séance) qui ont fait de lui une légende ?

Woody Allen, sors de ce corps !

Isabella aime les films en noir et blanc et rêve de Broadway. En attendant, sa plastique plus qu’acceptable et son budget serré l’ont conduit à un job d’escort-girl au sein d’une agence où elle répond au coquet surnom de Glo Stick. C’est grâce à ce travail qu’elle rencontre un soir le metteur en scène Arnold Albertson (Owen Wilson). Marié et père de deux enfants, il est malgré tout un client régulier de l’agence d’escort. Entre sa psychothérapie, son job et ses parents au mode de vie quelque peu spécial, la ravissante Isabella finit par décrocher le premier rôle d’une pièce mise en scène par… Arnold lui-même. A partir de là, tout va dégénérer, du moins pour la grande majorité des personnages…

affiche broadway therapyA l’image de son héroïne nourrie aux vieux films hollywoodiens, Peter Bogdanovich fait directement référence à Ernst Lubitsch et à son film Cluny Brown, sorti en 1946. En effet, avant de s’appeler Broadway Therapy, le film devait s’intituler Squirrels to the Nuts, d’après une réplique culte de l’œuvre précédemment citée. Et cette phrase est aussi la devise d’Arnold Albertson : il la répète à ses nombreuses conquêtes qui y entendent comme un hymne à la liberté et trouvent ensuite une nouvelle foi en l’existence. L’autre source d’inspiration du metteur en scène c’est Woody Allen. New York, le théâtre, les crises existentielles et bien entendu la psychanalyse sont au centre de Broadway Therapy.  Oui, ça fait beaucoup et on aurait parfois besoin de souffler un peu. Le personnage du thérapeute, également cher à M. Allen, est ici interprété par Jennifer Aniston, décidément en grande forme cette année. C’est une analyste bien plus névrosée que ses patients et qui ne fait pas grand cas du secret professionnel. Avec ses yeux écarquillés et son débit de paroles impressionnant, elle est hilarante.

Broadway Therapy : double jeu

Peter Bogdanovich gâte le spectateur avec un casting surprenant et prestigieux et des caméos de premier choix. On n’attend pas Owen Wilson dans le rôle de cet homme à la fois discret et manipulateur. Il peine à trouver ses mots et pourtant, son « Squirrels to the nuts » est une véritable source d’inspiration pour les femmes qu’il rencontre. Une sorte de double personnalité que l’on retrouve également chez l’héroïne de Broadway Therapy. Isabella est une escort-girl sûre d’elle avec les hommes et pourtant très naïve et innocente dans sa façon de voir les choses. Lorsqu’elle se confie à la journaliste, elle raconte sa vie comme s’il s’agissait d’un conte pour enfants. Cette dualité génère chez le spectateur une impression toujours mitigée sur les personnages de Broadway Therapy, une sorte de méfiance qui apporte une petite tension mais qui malheureusement, s’estompe avec le grand nombre de rebondissements un peu répétitifs et donc prévisibles.

Si Imogen Poots est la tête d’affiche et Isabella celle par qui le scandale arrive, Bogdanovich ne néglige aucun personnage. Ils semblent tous être mis sur un pied d’égalité et possèdent de petites subtilités bien à eux. Broadway Therapy étant une comédie de mœurs avec la légèreté que l’on connaît au genre, les coïncidences, même totalement incongrues, sont de mise. C’est là que le « personnage de trop » intervient. Il s’agit de Harold Fleet (George Morfogen), un vieux détective privé qui vient faire déborder le vase de « que le monde est petit ». Les liens entre toutes les intrigues deviennent trop serrés et on est au bord de l’overdose. Une petite faute dans un ensemble très sympathique, plein de maîtresses dans la salle de bain et d’amants dans les grands magasins.

Au final, Broadway Therapy est une comédie stylée avec, en fond,  New York habillée d’une musique signée Ed Shearmur. Bogdanovich connaît les codes, s’entoure d’acteurs populaires et efficaces. Ça « fait la blague » comme on dit mais ça n’entrera pas dans la légende.

Pour en savoir plus sur le film, voici une autre critique : http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/broadway-therapy/

Critique - Broadway Therapy
Une comédie au délicat style alleno-lubitschien qui s'emmêle un peu les pinceaux.
Acteurs
Scénario
Mise en scène
Image et Son
On aime bien
  • Le style vintage
  • Le casting, Jennifer Aniston en tête
On aime moins
  • L'accumulation de quiproquos et coïncidences
3.1L'avis
Note des lecteurs: (1 Vote)