Critique – Casting Sauvage

Casting Sauvage, de Galaad Hemsi, une audition intrigante au cinéma.

Casting Sauvage, ici critiqué, n’est pas un premier film comme les autres. On pourrait d’ailleurs presque affirmer que Casting Sauvage n’est pas une première œuvre. Pourtant il s’agit bien du long-métrage débutant la carrière de Galaad Hemsi, co-créateur de Les Productions du Désert, une boîte qui donne autant dans le film institutionnel que dans les documentaires et la publicité. Une anguille a dû se cacher sous la roche, vous direz-vous, mais aucun piège n’est à craindre, car Casting Sauvage n’est pas un film, mais une approche originale de la forme reportage : un docu-concept, pour faire simple.

Casting Sauvage, c’est quoi au juste ?

Casting Sauvage ne raconte pas une histoire, mais deux : une fiction, et un documentaire, lesquels vont ne former qu’un seul et unique résultat. Le récit de Casting Sauvage est simple, il est celui de Rémi, un jeune homme employé à La Poste. Un jour, il apprend que son père, qu’il croyait mort, est encore en vie, là, quelque part. Rémi part alors à sa recherche, dans un mobylette trip qui mènera Casting Sauvage de Montbéliard à Ostende. Décrit comme ça, Casting Sauvage a tout d’un film, et banal qui plus est. Sauf que le tout a été filmé avec les images du casting, ou plutôt n’a été pensé que pour se raconter par ce biais, pour ce biais.

image affiche casting sauvageCasting Sauvage, société du spectacle.

Les premières secondes de Casting Sauvage mettent dans le bain, dans lequel vous serez plongés pour l’heure et quart à suivre. Un comédien, parfois deux voire trois, des murs tagués, un tabouret, une lumière néon parfois un peu surexposée, et c’est parti pour Casting Sauvage. La première action, dictée par Galaad Hemsi, demande aux comédiens testés de mimer le travail de tri de courrier. Dès lors, on comprend où veut en venir le réalisateur de Casting Sauvage, son docu-concept s’attarde avant tout sur la réaction, cette voix intérieure qui nous pousse à passer outre l’embarras, voir le ridicule. D’ailleurs, le metteur en scène de Casting Sauvage ne s’en cache pas, il déclare être fasciné par ce qui pousse un Homme à participer à une audition : le désir d’être choisi, coûte que coûte. On pourra lui rétorquer que la nécessité de survivre est sans doute bien plus grande, mais impossible de nier ce sur quoi Casting Sauvage s’appuie.

Casting Sauvage, une mise en abîme difficile.

Casting Sauvage n’est ni plus ni moins que l’utilisation d’un énorme travail de l’ombre, inconnu du grand public : l’audition. Il est à parier qu’une partie du public refuse de prendre ce qui se passe à l’écran pour du réel, et ce malgré les dires du réalisateur. C’est peut-être là un regret qu’on peut formuler, car jamais Casting Sauvage n’arrive à dépasser son concept pour mieux cerner cette étape cruciale : la présenter à des spectateurs totalement novices à ce sujet, et finalement faciliter la mise en abîme. Les meilleurs passages de Casting Sauvage sont ce qui fait la difficulté, le stress, mais aussi et surtout la surprise de l’audition. Ces moments suspendus où un comédien oublie son texte et incrimine le scénariste de lui avoir pondu des phrases minables, où une comédienne perd ses moyens face à une instruction pas claire. Dans ces moments, Casting Sauvage atteint son objectif, en touchant une émotion particulière, prise sur le vif, et très significative quand au travail sur la personnalité d’un comédien qui n’est pourtant jamais meilleur que naturel au possible. Pourtant, Casting Sauvage perd de vue cette sensation, au profit d’un traitement pas très abouti, et pas vraiment en adéquation avec la recherche de la réaction.

Casting Sauvage se complique la vie.

Après avoir débuté par une séquence de mime postal, les acteurs de Casting Sauvage défilent pour raconter l’histoire, sans qu’eux-mêmes ne sachent que ce seront ces images qui défileront à l’écran dans l’œuvre finie. Ce sont donc plusieurs comédiens (au nombre de 80), bien différents en terme de présence physique, qui enfilent le costume de Rémi et des autres personnages de Casting Sauvage. Au fur et à mesure, on se rend compte que l’intérêt du réalisateur va vers cette façon de raconter une histoire, avec des bouts d’âmes. D’ailleurs, vient un instant dans Casting Sauvage où l’on oublie quasiment être devant un patchwork d’auditions, la mise en scène connaissant un crescendo pour aboutir à quasiment une réalisation d’intrigue classique. L’utilisation du son est frappante en ce sens, puisqu’elle devient de plus en plus cinématographique, et utilise des bruitages en désaccord avec le visuel, comme ces deux gobelets s’entrechoquant dans un bruit de verre. Et, alors que l’ennui s’installe plus ou moins fortement, étant donné l’aspect délibérément mince de l’intrigue de Casting Sauvage, on est rappelé au bon souvenir de l’audition quand l’une des comédiennes refuse de retirer ses affaires pour une scène de nu. Un passage qui fera (et fait déjà) jaser, tant la probabilité d’une telle demande peut sembler irréel pour le public. Disons simplement que Casting Sauvage, même si on sent fortement que certaines séquences sont scriptées, n’en fait pas de trop ne serait-ce qu’une seule seconde.

Casting Sauvage, un essai courageux.

Casting Sauvage réussi à nous intéresser de par ses images brutes, d’une certaine pureté de réaction, mais se perd bien trop longtemps dans la recherche d’une cohérence entre la forme et le scénario. Alors que Casting Sauvage est tellement prenant quand il décrit, par exemple, les comportements des comédiens dans une scène de baffe, le film préfère trouver un équilibre prudent entre concept et fond. Les scénaristes de Casting Sauvage, Clément Vieu et Raphaël Delétang, s’en défendent en signalant que Casting Sauvage n’avait pas pour but d’être un bêtisier. On les rejoint sans discussion, mais il y a une différence entre faire de Casting Sauvage une farce, et utiliser ses moments les plus vrais pour mieux étayer le propos. Casting Sauvage perd un peu de son émotion en oubliant, finalement, son pouvoir brut, et voit s’envoler un peu de son intérêt. Reste que Casting Sauvage est poussé par une envie sympathique et communicative, et utilise son manque de moyen pour mieux se conceptualiser, et c’est déjà très bien.

Casting Sauvage, les bonus.

La chaîne Youtube de Casting Sauvage, où vous retrouverez des centaines d’auditions, c’est par là.
Pour visiter le site officiel de Casting Sauvage, c’est à cette adresse.
N’hésitez pas à consulter d’autres critiques de Casting Sauvage, notamment chez Toute la culture.

Critique - Casting Sauvage
Casting Sauvage est un concept intéressant mais qui, malheureusement, se perd dans une prudence toutefois compréhensible de par son manque de moyens.
Scénario
Mise en scène
Acteurs
Image et son
On aime
  • Une entreprise courageuse.
  • Certaines réactions pures.
  • Pas trop long.
On aime moins
  • Le scénario banal.
  • Trop prudent.
  • On veut plus d'imprévus !
2.8Note Finale
Note des lecteurs: (0 Vote)
    • http://avisdupublic.net/ Camille LATOUCHE

      Casting sauvage c’est un film sur le Carlton ?

      • http://avisdupublic.net/ @AimeCinema

        Mais mais… j’en ai expiré de rire. Je suis enrhumé. Bon sang.