Critique – Lou ! Journal infime

Lou, un film entre tendresse et chocolat

Lou est une fillette pétillante et rêveuse qui vit une relation fusionnelle avec sa mère. Leur univers doux comme de la barbe à papa et rassurant comme un chocolat chaud un dimanche d’hiver va cependant se retrouver bouleversé suite à l’arrivée de plusieurs personnes dans leur vie. Et d’un chat.

Moi qui m’attendais à voir un film pour enfants, je fus déçue. Déçue de constater que mes attentes étaient tombées bien bas suite à une promotion désastreuse et une bande-annonce montée à la truelle. Parlons-en, de ce Lou ! Journal infime réalisé par Julien Neel, l’auteur des BDs originales. Non seulement j’ai aimé ce film, mais je ne sais toujours pas s’il va devenir un plaisir coupable ou juste un simple moment de légèreté. Au secours, je crois que je deviens bon public. C’est grave docteur ?lou journal infime

Lou m’a beaucoup posé problème avant de tout mettre au propre dans cette critique, à vrai dire. J’ai des tas de reproches à faire au film, mais je ne veux pas les lui faire quand je repense au bon moment que j’ai passé. Cela dit, il faut bien passer par là alors je vais commencer par soulever ce qui ne va pas. Ce sera plus simple. Tout d’abord, le film démarre (enfin… quand je dis « démarre »…) après deux trop longues minutes de générique. Premier élément qui a fait biper mon radar à film médiocre. Je m’attendais donc au pire pour ce film de Julien Neel, malgré le fait qu’il ait choisi d’adapter sa BD lui-même. Ce générique était en lui-même assez sympathique, mêlant des pages d’album photo à des pages de scrapbooking… Un genre d’intermède très astucieux qu’on retrouvera à de nombreux moments dans le film.

lou lola lasseron

L’inconnue Lola Lasseron interprète la petite tête blonde rêveuse

Puis vint le moment de découvrir la protagoniste principale du film. La petite Lou, interprétée par Lola Lasseron. Autant le dire directement, son jeu m’a laissée très froide. Bien entendu, elle a encore le temps d’apprendre le métier, ce n’est en aucun cas un problème, mais c’était dommage pour ce film là. Ca a été un des éléments qui m’a le plus faite réfléchir à mon avis sur Lou. Malgré de nombreux moments de pur plaisir, je ne pense pas avoir été réceptive à une seule des scènes dans lesquelles Lola jouait. Les seconds rôles étaient même beaucoup plus colorés qu’elle. C’est à la fois un reproche et un point fort, d’ailleurs : tous les rôles du film sont colorés.

L’univers de Lou est un concentré de couleurs et de douceur, toutes prenant en charge de représenter quelque chose. Ainsi, au fil de l’intrigue on découvre de nouveaux personnages et leurs univers bien particuliers, caractérisés principalement par des couleurs. La mise en scène aide aussi grandement à retransmettre cet effet, et là je dis chapeau l’artiste à Monsieur le Réalisateur ! Lou est un véritable petit bijou de mise en scène. Tout est précis, peut être même un peu trop. Ca pourrait paraître dérangeant mais n’oublions pas qu’il s’agit de l’adaptation d’une BD, où toute l’action est définie par des cases. L’esprit global de la bande-dessinée a par ailleurs été très bien rendu, donnant lieu à des décors parfois loufoques, parfois carton-pâte, ou à des fonds verts faisant mal aux yeux, mais le tout donnant tout son côté bien réel au quotidien de la petite Lou.

Au fur et à mesure que la pellicule se déroule, les rencontres s’enchaînent et les portraits se dressent : on découvre la mère totalement barrée de Lou, que joue de manière un peu trop clownesque Ludivine Sagnier (sauf dans les scènes à portée plus dramatiques) (oui oui, il y en a une), Mina et sa mère passionnée par le yoga et la décoration épurée, Tristan, le béguin de Lou, Kyan Khojandi avec des cheveux… Euh, je veux dire… Richard, le nouveau voisin. Cependant, on remarquera que malgré toute cette galerie de personnages tous très différents les uns des autres, le film peine à décoller. En effet, le film rame pendant toute la première partie et on devient presque heureux lorsque Lou rencontre Marie-Emilie, le moulin à parole loufoque du film. Disons surtout que cette galerie de personnages, comme je l’ai appelée, est tellement riche que le premier acte du film n’est qu’une succession d’acteurs dont on devra retenir les visages, ce qui rend le film très lourd, jusqu’à l’élément perturbateur.

lou ludivine sagnier lola lasseron

Ludivine Sagnier, une femme à chats

Étonnant que je parle de lourdeur, puisque Lou est tout en légèreté, malgré un humour un peu trop potache. L’univers du personnage est comme un cocon duquel le spectateur ne va plus vouloir sortir, l’appartement de sa mère et elle n’étant qu’un grand bric-à-brac chaleureux et rétro qui vaut mieux que n’importe quel meuble Ikea. On ressentirait presque de la nostalgie, à voir un vieux tourne-disque utilisé dans une histoire en fin de compte intemporelle, sans compter sur les musiques originales féeriques composées par Julien Di Caro. Durant 1h45, même si le début reste difficile, on perd complètement la notion du temps. Sans compter que plus le film avance, plus il devient fun si on se laisse vraiment prendre au jeu, ce qui n’est pas bien difficile à faire. Lou propose ainsi plusieurs films dans le film : on découvre la présence surprenante et audacieuse de plusieurs supports visuels à l’intérieur du film. J’ai déjà évoqué tout à l’heure l’album photo, pour le générique, mais ça continue au sein même du film avec des passages animés (dans le style manga), de nouveaux intermèdes graphiques, que ce soit en BD ou avec l’esprit « cahier de scrapbooking » dont j’avais parlé… Ces petits instants hors du temps sont très appréciables et astucieux, très bien amenés, un grand point fort de Lou ! Julien Neel a visé juste.

On pourrait donc se dire que le film n’est conçu que pour un public d’enfants, puisqu’il parle lui-même d’enfants, et de leur point de vue sur le monde cruel des adultes. Pourtant ce n’est pas totalement vrai. Pas totalement, puisque même si Lou est évidemment tout public, il peut aussi bien être apprécié par un public plus mâture… Ainsi, on voit les déboires amoureux de la mère de Lou (Ludivine Saignier), le manque de motivation dans son travail, la relation désastreuse avec la grand-mère de Lou qui est dépeinte avec une justesse terrifiante (en particulier lors d’une scène de dispute qui a fait basculer toute ma vision du film jusqu’à présent). On assiste à un conflit générationnel qui rend le film très moderne, malgré son cadre assez rétro et rose bonbon.

lola lasseron photo lou

Lou est dans sa bulle

Lou n’est pas tant une galerie de personnages hauts en couleur qu’une fresque sur les différentes relations de parents à enfants, allant de la plus laxiste et fusionnelle à la plus stricte, en passant par l’adolescente rebelle qui se fiche de ses géniteurs.

J’ai déjà beaucoup parlé de couleurs, mais je crois que c’est ce que j’ai retenu principalement du film : de la couleur et un esprit de douceur. Lou est un film innocent, à la fois caricatural et vrai, du fait qu’il se passe au travers des yeux d’une enfant… On fait face à des situations des plus banales mais toujours traitées avec autant d’humour et de naïveté qu’on finit par s’attacher à ces personnages qui partagent les mêmes galères quotidiennes que nous. Finissons en accordant un mot à la militante qui sommeille en moi : j’aurais pu reprocher à Lou un mauvais traitement de ses personnages féminins (et il y en a beaucoup), puisqu’elles parlent quasiment toutes d’un ou plusieurs hommes au cours du film. La mère de Lou a besoin d’un homme pour aller mieux, Lou a le béguin pour son voisin, on a droit à un discours (d’un jeune garçon) sur la manière d’aborder et traiter une femme, j’en passe et des meilleures… Hors, l’une des scènes finales m’a faite changer d’avis presque instantanément, puisque dans un film « pour enfants » nous avons droit à un baiser LGBT.

Merci Julien Neel pour ce moment de légèreté. Lou ! Journal infime n’est pas mauvais, même s’il est encore bien bien loin d’être un chef d’oeuvre, mais c’est une comédie divertissante qui fait du bien, qui parfois fait mal et qui nous donne envie de nous blottir sous la couette pour plonger dans la bulle de Lou pendant un dimanche pluvieux, avec un chocolat chaud et des chamallows.

Critique - Lou ! Journal infime
De nombreux défauts, un rythme faible et une actrice principale un peu fragile n'auront pas eu raison de la bonne humeur émanant de Lou ! Journal infime.
Scénario
Images et son
Acteurs
Mise en scène
On aime
  • Kyan Khojandi avec des cheveux
  • L'univers Technicolor et rétro
  • Les interventions de Sidera, la guerrière du cosmos
On aime moins
  • L'actrice principale effacée
  • Le deuxième acte qui traine des pieds
  • Le film est "mignon" mais dispensable
3.1Note Finale
Note des lecteurs: (5 Votes)
  • http://avisdupublic.net Johan

    hmmmm…. comment dire ? Encore une adaptation….. bon bah je retourne sur netflix.