Critique – Snow Therapy

Snow Therapy, que la montagne est belle.

Snow Therapy, de Ruben Östlund, déboule dans les salles françaises tout auréolé de son Prix du Jury à Un Certain Regard, cette section du festival de Cannes réunissant, chaque année, des films moins exposés que leurs concurrents de la Sélection Officielle, et plus originaux dans leur propos et/ou esthétique. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai, avec notamment son angoissant Play, sorti en 2011, qui prenait place dans le milieu délinquant de Göteborg, en Suède. Ce film, bien intrigant, démontrait à quel point Ruben Östlund est un réalisateur passionné par les rapports humains dans ce qu’ils ont de plus pur, sans artifices, sans stéréotypes. Snow Therapy est dans cette droite lignée.

image affiche snow therapy

Snow Therapy, c’est l’histoire d’une famille suédoise partie se ressourcer à l’air vivifiant des Alpes, à la station des Arcs pour être précis. Les enfants s’amusent, le couple aussi, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un midi, les parents et leurs descendances déjeunent à la terrasse d’un restaurant. Soudain, un des exploseurs, qui délivrent des charges afin provoquer des avalanches préventives et contrôlées, fait feu. Les vacanciers, d’abord spectateurs de cette scène grandiose, deviennent de plus en plus anxieux alors que le colossal déluge de neige fonce droit sur eux. C’est la panique. Ebba, la mère, a le réflexe de prendre ses enfants et se retrouve coincée… alors que Tomas, le père, décampe à toute vitesse en ne prenant que son téléphone portable. Plus de peur que de mal, l’avalanche n’ayant causé aucun dégât sur la terrasse. C’est le début d’une véritable crise pour le couple, Ebba remettant en cause le rôle de patriarche de Tomas qui, de son côté, nie totalement sa fuite.

Snow Therapy, la montagne ça vous gagne.

Snow Therapy part d’une envie de Ruben Östlund de nous parler de l’expérience d’un couple d’amis à lui, dont l’expérience traumatisante sert de sujet parfait pour sa vision du monde. Les deux amoureux étaient en vacances sur un bateau, quand des tirs de pistolet se sont fait entendre, créant une telle panique que l’homme est parti se mettre à l’abri sans même penser à protéger sa femme. Cette petite histoire a longtemps trotté dans l’esprit du réalisateur, qui l’aura remodelé, digéré, et filmé. L’action de Snow Therapy ne se passe pas en mer, mais à la montagne, et l’auteur ajoute deux bambins au tableau présumé idyllique. Tout de suite, on est capté par la beauté du paysage bien sublimé par un CinemaScope redoutable, qui donne envie de tout laisser tomber, de partir pour une bonne descente en ski, et de finir avec un bon verre de vin chaud. Le style, contemplatif, est peut-être un tout petit peu poussif au début, tant que l’intrigue ne s’est pas réellement lancée. Le metteur en scène de Snow Therapy laisse ses personnages vivre à l’écran, ce qui n’est jamais mauvais, mais parfois au risque de couper un peu tard, ou de forcer l’action pour qu’elle s’étire. Par exemple, la séquence montrant la petite famille, endormie dans le lit unique, avant que Ebba ne se décide à donner l’exemple en se réveillant. Si le plan était nécessaire, pour rappeler dès lors que l’homme n’est pas toujours celui qui prend les décisions courageuses, on peut être un peu surpris par sa longueur un poil excessive. Ou encore ce traveling horizontal de la famille sur le tire-fesse, certes très joli et qui ravira les esthètes, mais encore une fois chouïa trop étiré. Malgré ça, on sent une véritable ambiance se dégager de Snow Therapy, quelque chose d’insidieux, et on ne sera pas déçu.

image film snow therapy

Snow Therapy, rire contre soi.

Arrive alors la séquence qui va tout bouleverser dans Snow Therapy. Ou plutôt un plan-séquence, plus ou moins fixe, dont la réussite se devait d’être totale afin de lancer la problématique du film avec le plus d’impact possible. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Ruben Östlund a réussi son coup. L’avalanche fait véritablement frémir, alors que ce qui se passe sous nos yeux est d’un pathétique à la fois grinçant et glaçant. Le plan, tourné sur fond vert, réussit à convaincre entièrement tant le grand fatras de neige déboule avec la même fatalité que le sujet de Snow Therapy, tandis qu’on ricane de la fuite incroyable de Tomas avant qu’il ne réapparaisse pour s’assurer de la bonne santé de sa femme et de ses enfants. L’effet comique est garanti, et pourtant on ne peut s’empêcher de se poser une question, qui ne nous quittera plus de tout le film : comment aurions-nous réagi à la place de ce père de famille, pris de terreur, de peur pour sa vie, au point de ne plus pouvoir se contrôler ? Une interrogation qui a le don de nous remettre en question subtilement. En tout cas, si cette réaction entraîne tout d’abord des rires nerveux chez le couple, la tempête couve et, bientôt, c’est une véritable crise existentielle qui va déchirer le couple de Snow Therapy, sous le nez de ses enfants.

Snow Therapy de groupe.

Snow Therapy est un véritable rouleau-compresseur, tant les réactions des personnages paraissent crédibles et ne laissent aucune place au doute. Tous connaissent un crescendo, une évolution. Et tous sont bien interprétés, la direction d’acteur étant l’un des grands points forts de Ruben Östlund. Edda, jouée par une Lisa Loven Kongsli aux traits parfaits pour le rôle, est remise en question tout autant qu’elle remet en question son mari. Elle passera par différentes étapes, tout d’abord la dérision, puis la colère, la panique, et l’acceptation. Tomas, campé par Johannes Bah Kuhnke, traversera presque tout Snow Therapy dans le déni, avant de se lâcher complètement dans une séquence à mourir de rire, où le pauvre ne peut plus stopper l’écoulement de ses larmes, comme autant d’aveux, à en devenir risible. Au couple viennent s’ajouter une poignée de personnages, qui ont tous leur rôle à jouer dans cette histoire, apportant leur partie de réponse à la problématique. Citons Mats (Kristofer Hivju, remarqué dans Game of Throne ou After Earth), un ami du couple, dont le ressort comique est une grande réussite. Ainsi, tout ce petit monde est titillé dans ses fondements, a des difficultés à passer outre les stéréotypes sociaux qui voudraient que l’homme soit, en toutes circonstances, le héros de ces dames. Snow Therapy ne nie pas la force protectrice, mais démontre que certaines des réactions les plus pures chez l’humain vont à l’encontre des idées reçues.

image snow therapy

Snow Therapy, skiez le voir !

Snow Therapy se suit remarquablement bien. Difficile de ne pas s’attacher aux personnages et à leur véracité, et ce jusqu’à un final plein de sens. Le bus, chargé de raccompagner tout ce petit monde à la vallée, est visiblement incapable d’assurer la sécurité des passagers, donnant d’ailleurs lieu à des plans d’une grosse tension. Ce que le spectateur vivra sera le point final d’un véritable parcours initiatique, où chacun aura appris à se débarrasser de la pression des obligations sociales, pour finir par être simplement humain. Et si on regrette quelques légères longueurs, on peut dire que Snow Therapy réussit parfaitement son coup en mettant le spectateur dans sa poche.

Snow Therapy, les bonus.

Pour voir la bande annonce de Snow Therapy, c’est par ici.
Pour lire d’autres critiques du film, c’est notamment chez Avoiralire et CineClubMovies.

Critique - Snow Therapy
Snow Therapy est une réussite, une comédie grinçante et intelligente comme on aimerait en voir plus souvent.
Scénario
Mise en scène
Acteurs
Image et son
On aime
  • L'interprétation au top.
  • CinemaScope très bien utilisé.
  • Finement drôle.
On aime moins
  • Quelques toutes petites longueurs.
4.0La note
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