Critique – High Rise

High Rise est l’adaptation cinématographique d’un classique de la SF écrit par J.G. Ballard : I.G.H. (pour Immeuble de Grande Hauteur – titre français du livre, le film ayant curieusement été sorti chez nous sous son titre original). Satire sociale et apocalypse en petit comité, que nous réserve cette version signée Ben Wheatley avec Tom Hiddleston ? Critique.

Les premiers instants de High Rise sont déroutants. On y voit Tom Hiddleston (Crimson Peak, Only Lovers Left Alive…), sale et débraillé, arpenter les décombres d’un gratte-ciel en piteux état. Il croise une sorte de fou dans un couloir, qui désigne dans un rire dément le corps sans vie d’un homme dont la tête a été encastrée dans un téléviseur cathodique (le film prend place dans les années 70). Quelques images plus tard, Tom se prépare un petit festin et se régale ; il mange un chien domestique qu’il a fait cuire à la broche. Couvrant ces images apocalyptiques et choquantes, il s’adresse au spectateur en voix off, avec douceur : « La vie était plus tranquille dans l’immeuble depuis que la plupart de ses habitants en étaient partis. ». Flashback, reprenons depuis le début : bienvenue dans l’apocalypse sociale, où l’humour noir et décalé côtoie la décadence crue.

Affiche du film High Rise

Société confinée

High Rise est basé sur un concept qui rappelle un peu celui du phalanstère : il s’agit de regrouper dans un grand bâtiment, ici un gratte-ciel de 40 étages, un grand nombre de personnes. L’édifice doit être autonome : on y trouve des loisirs (une piscine), des commerces (un supermarché), les éléments nécessaires à la constitution d’une société (une école, un médecin)… Tout est sur place, à tel point que la vie hors de l’immeuble devient superflue : le film en rend parfaitement compte en faisant de la temporalité et de l’espace des notions floues. On ne sait jamais très bien quand nous sommes, et il semble à peine y avoir des lieux au dehors ; on se borne à nous montrer la construction d’autres tours similaires, ou des parkings pleins ou vides qui renvoient curieusement la même image d’emprisonnement : tout le monde est au même endroit et il n’est plus possible de le quitter. Ce confinement hors de tout aurait pu donner lieu à l’exploration d’une utopie, où la mixité, l’organisation en bonne-entente et le nombre limité d’individus auraient permis la construction d’une communauté idéale. Mais non : High Rise se veut avant tout satire sociale dystopique, et pose sur l’humanité un regard fataliste.

High Rise, ou l’apocalypse sociale

Dans High Rise, l’apocalypse ne prend pas la forme de la Bombe, ni celle d’un virus, ni même celle de la nature qui reprendrait ses droits. Ici il s’agit plutôt de décadence morale, de défaite intellectuelle qui anéantit le principe même de société. Les disparités sociales n’ont pas disparu avec la conception du bâtiment : symboliquement, les pauvres vivent en bas, et plus on s’élève, plus les résidents sont aisés. Aussi lorsqu’une panne d’électricité survient dans les étages inférieurs, engendrant d’importants problèmes fonctionnels tandis qu’on festoie dans les étages supérieurs, les choses ne tardent pas à dégénérer. Une sorte de lutte des classes se met en place, mais on se rend vite compte qu’elle ne vise pas un idéal politique ; rapidement il s’agit plutôt d’organiser une fête plus décadente que l’adversaire, de participer à des orgies toujours plus scabreuses. Les contraintes sociales volent en éclats et, sans elles, l’homme décline peu à peu, est renvoyé à ses instincts primaires, comme le montre magnifiquement cette scène où Wilder (interprété par Luke EvansDracula Untold, La Désolation de Smaug…), plus capable de parler et s’exprimant par des râles, s’empare littéralement d’une femme qu’il traîne en la tirant par le pied pour aller la violer. L’Homme n’est plus.

Tom Hiddleston dans High Rise

Et à la fin, la folie

High Rise ne croit plus en l’avenir de l’humanité. L’architecte du bâtiment (Jeremy IronsBatman vs Superman, Une Journée en Enfer…), concepteur-gourou de cette expérience sociale, ne semble pas avoir de vision politique, pas plus que n’en avaient les résidents. Le problème humain, c’est son détournement de la réflexion et de l’intelligence. Le film montre d’ailleurs un enfant à l’évidence surdoué, plus ou moins ignoré et livré à lui-même. Tout n’est que jeu temporaire, et l’on ne s’intéresse guère à ce qui fait le ciment d’une société. Analogie évidente : à mesure que le film avance, le bâtiment se dégrade. Les conduits évacuant les déchets s’obstruent, et ces derniers s’entassent. Le film tout entier est métaphore, et chaque scène, chaque élément est signifiant. Ainsi le docteur Laing (Tom Hiddleston), qui semblait si normal lors de son emménagement, est petit à petit aliéné, sorti de lui-même : apparaissant nu au début du film, on le voit régulièrement se laver, puis refuser de quitter ses vêtements, comme si sa normalité, son être immaculé, devait être enfoui pour survivre. L’apocalypse sociale de High Rise ne laisse personne sain d’esprit.

Pour un son de cloche différent : culturopoing.fr.

Critique - High Rise
Une bonne métaphore de la société en huis-clos malgré quelques maladresses.
Scénario
Acteurs
Mise en scène
Images et son
On aime bien
  • La construction en métaphores
  • L'atmosphère ambiguë, mêlant drame et humour noir
  • Une dystopie originale et mature, ça devient rare au cinéma
On aime moins
  • Des longueurs dans la seconde partie, alors que le propos est compris
  • Le film aurait gagné à adapter le livre à notre époque, en modernisant le contexte
4.1L'avis
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