Critique – La petite lumière

La petite lumière de la littérature brille encore!

La petite lumière est le premier roman qui paraît en France d’Antonio Moresco, un auteur italien dont la réputation et le talent sont unanimement reconnus dans son pays. Un grand merci aux Editions Verdier qui vont ainsi permettre aux lecteurs français de découvrir son œuvre.

La petite lumière d'A.Moresco

La petite lumière d’A.Moresco

Voilà en effet un livre qui fait du bien. Un court récit de 123 pages qui vous saisit d’emblée et vous entraîne dans son monde à la fois proche et étrange par la seule magie de son écriture précise, riche d’adjectifs, lumineuse… Le livre s’ouvre pourtant sur la terrible résolution du narrateur:

Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant.

L’omniprésence de la nature dans La petite lumière

Le narrateur dont on ne connaît ni le nom, ni l’âge, ni aucun détail de son physique, vit seul dans cette petite maison au cœur d’une nature qui semble la seule qui soit restée vivante. Il s’arrête d’ailleurs fréquemment dans ses promenades pour échanger ses impressions avec les animaux ou les plantes mais aucun d’eux ne lui répond sauf les hirondelles qui giflent le ciel de leurs vols incessants et nerveux:

…je fais de grands gestes vers elles en hurlant:

– mais vous êtes folles!

– oui, oui on est folles elles me répondent, ces bestioles survoltées, sans arrêter de frôler le sol de la ruelle, et le fil de l’eau, comme des flèches, en trissant.

Une nature très présente et menaçante lorsqu’elle fait entendre ces tremblements de terre qui font résonner toute la maison. Elle est aussi à l’affût lorsque l’homme abandonne son territoire et recouvre terrasses, toits et façades à une vitesse incroyable. Et qu’est-ce que ce sera lorsque l’homme aura définitivement disparu (la disparition est le thème majeur de La petite lumière).

Tous continueront à casser et à disjoindre encore plus les murs entre les pierres desquels leurs petites racines se sont accrochées, sur le sol, sur les plafonds, ils jailliront en passant à travers les ouvertures des fenêtres enfoncées, ils briseront les rares vitres encore intactes de leur douce et irrésistible pression végétale, envoyant en éclaireurs leurs tendres pédoncules qui oscillent dans l’espace en quête d’amarrage, ils disjoindront et feront s’effondrer les toits, envahiront les chemins, les ruelles, les routes, projetant leurs minuscules pointes qui se montrent pour la première fois à l’espace.

La quasi absence de l’homme dans La petite lumière

Le narrateur a cherché l’isolement  pour « disparaître », terme que chaque lecteur peut définir à sa façon : s’agit-il de s’isoler temporairement? de mourir? d’une forme de retraite spirituelle? d’échapper à un mal qui approche? Toujours est-il que les rares formes humaines encore présentes dans son entourage relèvent de l’étrange comme cet homme qu’il vient voir pour l’interroger sur cette fameuse petite lumière qu’il perçoit chaque soir de l’autre côté de la montagne et qui a comptabilisé les indices de présence d’OVNI dans la région. Oui cette petite lumière qui, dans ce désert humain, l’intrigue, y aurait-il là-bas quelqu’un venu lui aussi pour disparaître? Alors, un beau jour, il va tenter de repérer la petite maison d’où provient la petite lumière. Et là, surprise, il rencontre un enfant.

La rencontre avec le garçon dans La petite lumière

C’est un petit garçon qui vit là et qui allume chaque nuit la lumière car il est terrifié par le noir. On le serait à moins si l’on vivait seul comme lui. Le narrateur remarque qu’il porte des habits d’un autre âge (des culottes courtes ou un cartable en cuir quand les écoliers d’aujourd’hui ont presque tous un sac à dos). Il est entièrement autonome, fait la vaisselle, la cuisine, coupe du bois mais a du mal à faire ses devoirs.

 Il y avait une porte et elle était même ouverte. A l’intérieur, dans une cuisine, se trouvait un enfant en culottes courtes, la tête rasée. Il soulevait dans ses petits bras un  nuage de draps, qu’il s’apprêtait à mettre dans un baquet. De stupeur, je me suis arrêté. Lui aussi s’est arrêté, le nuage de draps dans ses petits bras. On s’est regardé sans parler. L’enfant avait les yeux écarquillés, grands, ronds. La bouche ouverte, d’où sortait une petite dent cassée.

– Mais qui es-tu toi ? j’ai voulu dire.

Il ne m’a pas répondu.

Le mystère plane longtemps sur ce petit enfant et une relation, également étrange, s’instaure entre eux dans ce monde déserté. On pense immédiatement à La route de Cormac Mc Carthy, fabuleuse odyssée d’un père et de son fils dans un paysage de fin du monde. Dans La petite lumière, la fin du monde ne semble pas encore advenue mais un sérieux dérangement dérègle les hommes. Qu’on ne compte pas sur Antonio Moresco pour trop nous en apprendre sur ces deux êtres qui tissent entre eux un lien singulier, se revoient, partagent même un repas. Chaque lecteur,  à travers cette évocation superbe et ce qu’elle fera résonner en lui, esquissera sa réponse au fil de la lecture. Lui, l’auteur poursuit son récit, ce qu’il à nous dire du monde, but suprême de la littérature. Et là, l’étrangeté de ce monde, la majestueuse présence de la nature, l’absence de raison, chez ces quelques résidus humains encore accrochés à la vie, nous atteint en plein cœur grâce au flot de la langue d’Antonio Moresco, riche en adjectifs, précise, sans psychologie aucune, qui laisse ouverts tous les possibles. Oui nous voilà immergés au plus profond de la littérature et ce pour notre plus grande joie!

Pour en savoir encore plus:

 http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-rodel/091114/une-petite-lumiere-dantonio-moresco

http://www.telerama.fr/livres/la-petite-lumiere,118194.php

 

 

Critique - La petite lumière
Une petite lumière qui luit... Une homme qui souhaite "disparaître"... Un roman déroutant.
Histoire
Style
Personnages
On aime bien
  • L'histoire
  • Le style
  • L'atmosphère
On aime moins
  • Le seul roman de l'auteur traduit en français
4.2Note Finale
Note des lecteurs: (3 Votes)