Pars, le vent se lève – Han Kang

Critique de Pars, le vent se lève de Han Kang. Le souffle cosmique de l’écriture.

Pars, le vent se lève est un roman de Han Kang, l’auteur de La végétarienne dont j’ai déjà parlé ici. Il se déroule dans les milieux artistiques coréens. Jeong-Hee, la narratrice, se retrouve en effet confrontée à un dilemme : sa meilleure amie, l’artiste Seo In-Ju s’est elle réellement suicidée comme le laisse entendre un critique d’art qui envisage d’écrire sa biographie? Elle va certes mener une enquête sur les circonstances de sa mort mais il va aussi s’y mêler une réminiscence des tranches d’existence vécues entre elles, une belle évocation de la création artistique et plus largement une plongée dans la fragilité de la vie avec, comme toujours, une traduction superbe qui donne toute son ampleur à la langue de Han Kang, fluide et évocatrice comme jamais des sombres noirceurs de l’âme.

Couverture de Pars, le vent se lève de Han Kang

Comment In-ju est-elle morte?

Très rapidement, le doute s’installe sur la version de Kang Seok-won qui évoque le suicide. Pour celà Jeong-hee va repartir à la recherche de témoins qui ont côtoyé Seo In-Ju, des galeristes, des journalistes et un mystérieux psychologue qui l’a reçu quelques temps en consultation. Elle découvre ainsi des pans entiers de la personnalité de son amie, sa fragilité et aussi l’influence de son oncle qui peignait lui aussi et avec lequel Jeong-hee, la narratrice avait une relation. Ils évoquaient souvent l’art, la peinture, la calligraphie. Cet oncle lui avait notamment révélé qu’elle était née le jour de la mort de Mark Rothko, le célèbre peintre américain.

Étrangement je ressentais ces collisions de couleurs comme des sentiments qui auraient irradié depuis l’intérieur d’un être humain. Ces tableaux non-figuratifs d’une composition si simple, me submergeaient avec une intensité dramatique, comme si le chaos, sans commencement ni fin, venait de se fendre et de saigner sous mes yeux.(Pars, le vent se lève, p.43)

L’enquête se poursuit et Pars, le vent se lève sait très bien faire avancer l’action avec des moments de pure introspection où la narratrice se rappelle sa relation avec la victime mais aussi sa propre vie, dans le restaurant de ses parents, ses doutes, ses peurs aussi; Han Kang accompagnant cette foultitude de sentiments divers avec un style accompli.

Une évocation nostalgique de la vie

Pars, le vent se lève cache bien son jeu car il va peu à peu, grâce à la plume de vent de Han Kang, dériver sur une évocation de la vie, de la nostalgie, des douleurs passées et présentes sans oublier les conditions mêmes d’existence de ces artistes parfois difficiles.

Gagner tout juste de quoi mener un train de vie modeste est quelque chose d’estimable, dans la mesure où cela n’éveille pas d’envie inutile.(Pars, le vent se lève, p.37)

Comment ne pas s’émerveiller devant un tel talent d’écrivain quand Han Kang, derrière la narratrice, soulève des questions de physique élémentaire sur les étoiles, leur devenir, l’espace temps qui lui donne l’occasion de sublimer la séparation entre les deux femmes dans des phrases qui prennent alors dans le contexte particulier de l’histoire une dimension proprement cosmique.

Rivés à leur télescope, ils consacrent leur vie à échafauder des hypothèses et à chercher dans l’espace cosmique l’élément qui pourra relier ces points pour constituer une image cohérente, comme dans un puzzle : la clé de voûte décisive qui dessinera enfin la forme de cet ensemble gigantesque.(Pars, le vent se lève, p.300)

Pars, le vent se lève est un livre qui prend aux tripes, qui parcourt les abîmes de nos vies, les interrogations éternelles sur l’homme. Un grand merci aux Editions Decrescenzo pour avoir déniché un tel talent!

Un autre avis sur Pars, le vent se lève :http://www.letemps.ch/Page/Uuid/02f99cf0-be9f-11e4-b1aa-59105399a835/Ciel_%C3%A9toil%C3%A9_au-dessus_de_S%C3%A9oul

Pars, le vent se lève - Han Kang
Jeong-hee ne veut pas croire que sa meilleure amie, peintre, s'est suicidée. Elle va se mettre à la recherche de témoins pour prouve le contraire. Elle se lance alors dans une plongée dans la vie de la peintre mais aussi dans la sienne, entraînant le lecteur avec elle dans l'abîme poétique de l'existence.
Style
Histoire
Personnages
On aime bien
  • Le style splendide
  • Les personnages plus complexes qu'il n'y paraît
  • La traduction
On aime moins
  • Qu'Han Kang ne soit pas plus connue!
4.2L'avis
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  • Titre : Pars, le vent se lève
  • Année de sortie : 2014
  • Maison d'édition : Descrescenzo
  • Auteur : Hang Kang
  • Nombre de pages : 356