Portrait d’une femme sous influence – Louise Doughty

Louise Doughty est une romancière anglo-saxonne, critique littéraire et dramaturge. Portrait d’une femme sous influence est son deuxième roman à paraître en français. Il a été publié aux Éditions Le cercle – Points le 18 juin dernier. Voici notre avis.

Avec Portrait d’une femme sous influence, Louise Doughty nous dresse le portrait d’une femme sensible et complexe, d’une femme emportée par la passion.
Yvonne Carmichael est une femme intelligente, heureuse. Son métier la passionne, elle est généticienne. Un mari tout aussi brillant, deux enfants, une belle maison dans la banlieue chic de Londres. Une vie bien rangée en quelque sorte. Yvonne est une femme bien sous tous rapports qui semble comblée. Elle menait une existence paisible jusqu’au jour où elle fera une rencontre qui  bouleversera sa vie bien ordonnée.

Portrait d'une femme sous influence

Un regard et c’est l’existence d’une femme qui bascule

Yvonne Carmichael est dans le box des accusés. Elle écoute l’avocate de la partie adverse, devine peu à peu sa stratégie et comprend que tout va basculer… Mais que s’est-il passé à Apple Tree Yard ? Tout a commencé au détour d’un couloir par un regard. Un simple regard et l’attraction est immédiate. S’ensuit la visite d’une chapelle exiguë, un baiser, une sensation de vertige. Un homme et une femme succombent. Viennent les rencontres clandestines, puis la culpabilité. Portrait d’une femme sous influence aurait pu être une énième histoire d’adultère mais cela aurait été trop simple, trop classique. Un soir, après avoir rencontré clandestinement son amant et s’être abandonnée entre ses bras, Yvonne se rend à une soirée professionnelle. Heureuse d’aimer de nouveau et emplie de légèreté, elle y boira quelques verres, discutera avec un confrère généticien. Jusque-là rien de bien méchant, jusqu’au moment où ce dernier, après lui avoir servi un peu plus d’alcool, l’emmènera dans son bureau pour abuser d’elle. Il la violera. Profondément humiliée, Yvonne se murera dans un silence obstiné et culpabilisera davantage. Harcelée par son violeur et épuisée, elle finira par se confier à son amant. Ce dernier très à l’écoute et compatissant, se rendra chez l’agresseur de sa maîtresse. Il voulait lui dire deux mots, il le fera disparaître dans d’atroces conditions. Qui est donc ce mystérieux amant dont elle ne sait rien mais à qui elle est très attachée ? Est-ce un tueur, un manipulateur ?

Une confession et une femme victime devient complice

Yvonne se retrouve au tribunal. Victime d’un viol, elle comparaît pour complicité de meurtre. A cet instant, le lecteur bascule dans un tout autre univers. D’une simple bluette, nous voici dans l’univers du thriller psychologique. Au gré du déroulement du procès, nous nous forgeons notre idée. Qui est victime, qui est coupable ? Yvonne a-t-elle manipulé son amant afin qu’il élimine son agresseur ? Son amant n’est-il qu’un simple mythomane, un paranoïaque ou souffre-t-il de trouble de la personnalité ?  Quoi qu’il en soit, Louise Doughty sait entretenir le suspense, elle distille les indices, nous révèle les personnalités des protagonistes et nous amène à nous interroger. Une femme infidèle est-elle forcément coupable de ce qui lui arrive ? Comment une femme peut-elle survivre à un viol ? Quelque temps après avoir été violée, Yvonne et son mari sont invités à un dîner. Attablés, les convives échangent sur l’actualité. Un homme politique est accusé d’agression sexuelle sur une femme de chambre à New York. Certains pensent que la femme de chambre a forcément menti. La maîtresse de maison s’interroge. « Comment peut-on forcer quelqu’un à faire une fellation ? Il suffit de mordre non ? ». Le sang d’Yvonne ne fait qu’un tour.

« Avec ta maison parfaite, ton mari parfait et tes putains d’enfants parfaits, je suppose que c’est ce que tu ferais, n’est-ce pas Marcia ? Et ça te plairait surement. »
Un affreux silence s’abat. Tout le monde me dévisage.
J’ai ma petite cuiller à la main. Je la tripote. Marcia a servi une sorte de pudding au citron, mon préféré. C’est une soirée jaune; les murs tournesol, mon hôtesse blonde, le pudding au citron.
« Eh bien…, dit Marcia sans cesser de sourire en regardant autour d’elle, un peu désespérée. Eh bien, je ne… »
Adossée à ma chaise, l’air dégagé, je balance la petite cuiller sur la table, où elle atterrit dans un bruit métallique.
« Tu sais ce qui est effrayant, d’après moi ? C’est que tu es une femme très intelligente, mais qu’il ne t’est jamais rien arrivé de vraiment grave, et que malgré ton intelligence, tu n’as tout simplement pas assez d’imagination pour comprendre ce que c’est quand il arrive des choses graves aux autres. Mais le plus effrayant de tout… » Je me penche vers elle au-dessus de la table, et le venin dans ma voix est indubitable. Elle baisse les yeux, son teint parfait rosit, « …c’est qu’on laisse les gens comme toi être jurés. »

Si Portrait d’une femme sous influence est agréable à lire et bien construit, il n’empêche que l’on a du mal à s’attacher aux personnages. Portrait d’une femme sous influence nous amène surtout à nous interroger tant sur l’adultère, qui au-delà de la passion peut affecter toute une famille, que sur la manière dont tout un chacun peut ou non, surmonter un événement traumatisant. Portrait d’une femme sous influence nous interpelle également sur  la manière dont sont parfois traitées les femmes victimes de viol. Louise Doughty nous sensibilise sur nos éventuels préjugés. Alors, victime ou coupable Yvonne Carmichael ?

Portrait d'une femme sous influence - Louise Doughty
Des questions intéressantes posées dans ce roman malgré un manque certain de profondeur s'agissant des personnages.
Style
Histoire
Personnages
On aime bien
  • La construction du roman et le déroulé du procès
  • La sensibilisation sur les préjugés et les inévitables questions que l'on se pose
On aime moins
  • La rencontre des personnages principaux qui semble improbable
  • Les personnages secondaires inexistants
2.7L'avis
Note des lecteurs: (0 Vote)
  • Titre : Portrait d'une femme sous influence
  • Année de sortie : 2015
  • Maison d'édition : Le cercle - Points
  • Auteur : Louise Doughty
  • Nombre de pages : 432