Critique – Hannibal – Saison 3

Hannibal tire sa révérence, après trois saisons de bons et loyaux sévices. Quel avis pour l’ultime saison du plus célèbre des serial killers ?

La série Hannibal a obtenu ses lettre de noblesse grâce à son interprète, Mads Mikkelsen. L’acteur interprétant Hannibal Lecter a trouvé en Hugh Dancy un autre génie, et ce duo nous a embrasés aux cours des premières saisons. En effet, d’Hannibal, on connaît le docteur psychiatre aux goûts raffinés et aux singuliers talents de cuisinier hors-pair, que l’on a découvert dans la première saison. On sait aussi de lui combien il peut être cruel et sans pitié, comme « l’éventreur de Chesapeake » l’a démontré dans la sanglante mais non moins captivante ultime scène de la saison 2. Incarné avec brio par l’acteur Mads Mikkelsen, on retrouve le docteur Lecter pour cette troisième et dernière saison à Paris, avant qu’il ne s’envole pour l’Italie. Hauts lieux de la gastronomie, à quels autres endroits pouvions-nous retrouver cet amoureux de la bonne chair ?

Un début de saison à couteaux tirés

Souvenez-vous où la série nous avait quittés à la fin de la saison 2 : Hannibal s’était attaqué à Jack Crawford (Laurence Fishburne), puis à Will Graham (Hugh Dancy) et Abigail, avant de jeter le docteur Alana Bloom par la fenêtre. Une ultime séquence montre Hannibal et son psychiatre Bedelia Du Maurier en vol vers l’Europe, laissant pour morts les autres protagonistes. Cette saison 3 s’ouvre avec notre cher cannibale quittant Paris pour rejoindre le Nord de l’Italie, où se dérouleront les sept premiers épisodes de la saison, soit environ la moitié. C’est à Florence qu’il sera retrouvé par Will et Jack, dont les intentions diffèrent : si l’agent du FBI veut mettre un terme à ses agissements, Will souhaite plutôt en apprendre davantage sur le passé d’Hannibal, une curiosité qui le conduit jusqu’en Lituanie. Mais de tous, c’est bien Alana (jouée par Caroline Dhavernas) qui tire son épingle du jeu en réussissant à piéger « il Mostro » avec l’aide de Mason et Margot Verger.

Hannibal Saison 3

Dans l’ensemble, cette première moitié de saison n’est pas aussi alléchante que le souvenir laissé par les deux premières. Quelques scènes restent savoureuses, notamment celles où Hannibal passe à table, mais le principal souci, c’est le découpage de la saison. Les sept premiers épisodes traînent en longueur, notamment à cause de nombreux flashbacks remontrant la scène finale de la saison 2. Quel intérêt ? Difficile d’oublier un final pareil, et vraiment regrettable pour la saison, car cela empêche de développer les nouveaux personnages.  C’est dommage d’avoir coupé cette troisième saison en deux parties, car c’est justement dans les épisodes 8 à 13 que l’intrigue avance. Capturé par les Verger, Hannibal sauve Will, se débarrasse de Mason Verger et… se laisse capturer à nouveau, cette fois-ci dans l’institut psychiatrique d’Alana Bloom. Ça y est, Hannibal saison 3 a enfin démarré… et il était temps.

Le Dragon Rouge fait décoller l’intrigue

Concrètement, qu’est-ce que cette troisième saison apporte de neuf ? La réponse est simple, il s’agit d’un personnage central de l’univers d’Hannibal : le Dragon Rouge. La seconde partie de cette saison réinterprète donc le fameux roman du même nom de Thomas Harris – roman dans lequel apparaît pour la première fois le personnage du docteur Lecter. Dragon Rouge est le surnom d’un psychopathe poursuivi par le FBI pour les massacres de plusieurs familles lors de soir de pleine lune. Pour la série, c’est Richard Armitage qui se glisse dans la peau du Dragon Rouge (les dragons, il s’y connaît, puisqu’il interprétait Thorin dans la saga du Hobbit). De son vrai nom Francis Dolarhyde, ce sociopathe s’identifie au personnage du Grand Dragon Rouge, personnage d’une série de peinture de William Blake. Ce sont d’ailleurs des titres de ces quatre œuvres que sont tirés les noms des épisodes 8 à 12. Méconnaissable, Richard Armitage porte sur ses épaules le poids de maintenir le suspense dans les derniers épisodes.

Richard Armitage Dragon Rouge

Richard Armitage, habité par le Dragon Rouge

Pour cause, même s’il reste au centre de l’intrigue, Hannibal n’est plus aussi présent à l’écran, malgré son brillant stratagème qui vise à manipuler Will et Jack afin de s’évader. Will, quant à lui, semble quelque peu perdu vis-à-vis d’Hannibal, et on ne sait quoi penser de la relation qui les unit à présent, à mi-chemin entre la fascination mutuelle et la répugnance profonde de Will pour son ancien psychiatre. Malgré tout, la capture du Dragon Rouge repose sur ses talents de profiler, et on profite une dernière fois d’une reconstitution de scène de crime façon « this is my design ». Alors qu’Hannibal s’échappe et retrouve Francis Dolarhyde pour un face-à-face final, c’est bel et bien Will Graham qui offre une conclusion dramatique à la série. En effet, Hannibal n’a pas été renouvelé pour une quatrième saison par la chaîne NBC.

Une saison finale cannibalisée

Dans l’ensemble, cette dernière saison d’Hannibal est réussie, mis à part ces longueurs dans la première moitié. L’esthétique reste irréprochable, tant au niveau des costumes que des décors (on apprécie la prison dorée d’Hannibal, qui garde toujours son raffinement naturel), sans oublier la beauté macabre des scènes de crime, dont celle reconstituant le tableau « Primavera » de Boticelli dont Hannibal tire son surnom « Il Mostro » en Italie. On regrette simplement que la figure métaphorique du Dragon Rouge n’ait pas ce côté malsain que l’on trouve sur celle de l’homme-cerf noir qui hante Will. En effet, si Richard Armitage donne corps à son personnage, cela manque peut-être de profondeur pour réellement marquer le spectateur, malgré sa relation avec Reba McClane, une jeune femme aveugle tombée amoureuse de lui. Encore une fois, moins d’épisodes en Italie aurait permis de mieux développer le personnage de Francis Dolarhyde et ainsi du Dragon Rouge lui-même.

Hannibal Mads Mikkelsen

Masqué et enfermé, Hannibal reste le maître du jeu

Quant au final, celui-ci confirme qu’une saison quatre est fort peu probable, il n’est pas très clair non plus. Chronologiquement dans les romans et les films, l’affaire du Dragon Rouge précède celle racontée dans Le Silence des Agneaux. Le titre du treizième épisode y fait même référence puisqu’il s’appelle « The wrath of the lamb » soit « La colère de l’agneau ». Pourtant, rien dans le final d’Hannibal ne semble indiquer une quelconque suite. Nouvelle interprétation ou gros coup de bluff ? Il semblerait que Bryan Fuller, créateur et showrunner de la série, ait simplement voulu créer la surprise et terminer Hannibal de manière à laisser la question en suspens. Qu’importe, si cette dernière saison manque un peu de mordant, elle se laisse regarder, ne serait-ce que pour le plaisir de voir le glaçant Mads Mikkelsen interpréter ce serial killer mythique.

Pour autre critique de cette troisième saison d’Hannibal, voici l’avis de chez Braindamaged.

Critique - Hannibal - Saison 3
Une saison 3 en rupture avec les précédentes, qui reste malgré tout de très bonne qualité, principalement grâce à l’arrivée du Dragon Rouge.
Mise en scène
Scénario
Acteurs
Image et son
On aime bien
  • Richard Armitage en Dragon Rouge
  • L’esthétique, toujours irréprochable
On aime moins
  • La lenteur due au découpage de la saison en deux parties
3.6L'avis
Note des lecteurs: (4 Votes)