Men & Chicken

Men & Chicken, c’est enfin le retour du réalisateur danois Anders Thomas Jensen, dix ans après l’excellent Adam’s Apple. Mads Mikkelsen est toujours de la partie, dans un rôle comique qui vaut le coup d’œil à lui seul. Et pour le reste ? Notre critique.

Men & Chicken… mais pas que

A voir son affiche, Men & Chicken semble raconter l’histoire d’une famille de paysans vaguement arriérés qui élève des poulets, quelque part au Danemark. Attention : on est bien loin du compte. Men & Chicken, c’est d’abord l’histoire de deux frères à la relation pour le moins tumultueuse : Elias (Mads Mikkelsen – Hannibal, Valhalla Rising…) et Gabriel (David Dencik – Cheval de Guerre, Profanation…).  Il faut dire qu’ils ne semblent pas très nets, en particulier Elias, pervers sur les bords, complètement nerveux et dérangé. Lorsque leur père décède, il leur lègue une vieille cassette vidéo où il se filme lui-même (cadré au niveau de l’entrejambe pour un effet des plus classes) confessant ce terrible secret : il n’est pas leur père biologique. Les deux frangins décident alors de se lancer dans une quête sur leurs origines…

Affiche du film Men & Chicken

En dehors des personnages un rien étranges, le pitch paraît jusqu’ici classique. Mais bien vite Anders Thomas Jensen dynamite tout ce qu’il peut, en situant son histoire sur une sorte d’île isolée où les rares autochtones ont l’air bizarres, où Gabriel et Elias rencontrent d’autres frères complètement barrés et difformes (eux-mêmes possèdent un bec de lièvre), où l’on se bat à coups de poutre, de marmite et d’animaux empaillés au lieu de discuter, où les poules ont de drôles de pattes greffées au niveau des ailes, quand elles n’ont pas une tête et des sabots de vache… Ouais. Entre mystère et jusqu’au-boutisme dément, Men & Chicken ne se fait pas prier pour surprendre, et c’est tant mieux.

Humour acide

On comprend vite qu’on se trouve devant une sorte de révision de L’Île du Docteur Moreau, déjantée à souhait et flirtant régulièrement (pour ne pas dire plus) avec le politiquement incorrect. Si les personnages sont improbables et le contenu aussi abracadabrantesque que jubilatoire, l’ensemble est pourtant filmé avec beaucoup de naturel : la réalisation n’appuie pas sur les gags, ne met pas spécialement l’humour en scène ; elle se « contente » de filmer, de montrer ce qui se passe via un traitement presque sérieux, en décalage. On retrouve l’ambiance particulière aperçue récemment dans le très bon The Lobster (en moins dépressif, moins contemplatif et plus rythmé, tout de même) : cet espèce de naturel cru, cette cruauté froide qu’habille un humour acide paradoxalement mis en exergue par l’absence d’artifice pour le souligner.

Men & Chicken raconte une histoire tragique, présente des personnages méprisables, tente parfois de nous les rendre presque attachants, joue à prendre des contre-pieds moraux, et enrobe tout cela d’un burlesque impudique qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat, jusqu’à un final hallucinant et une scène de clôture qui a de quoi faire écarquiller les yeux. Voilà une comédie originale dans sa présentation et son sujet, qui attrape le spectateur en l’intriguant, lui offre quelques dialogues inoubliables et des situations rocambolesques, pour le laisser presque sonné à son terme. Une chose est sûre, Men & Chicken n’est pas un film comme les autres.

Pour un autre avis, c’est sur critikat.fr.

Men & Chicken
Original et constamment surprenant, Men & Chicken distille son humour acide sans se poser de question. On ressort de la salle en se disant : "Mais qu'est-ce qu'on vient de voir !"
Scénario
Acteurs
Mise en scène
Images et son
On aime bien
  • Original et surprenant
  • Quelques dialogues exceptionnels
  • Mads Mikkelsen méconnaissable
On aime moins
  • Quelques lourdeurs
3.5L'avis
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