Critique – Sully

Notre critique de Sully, le récit du « miracle de l’Hudson River ». Clint Eastwood s’associe à Tom Hanks dans un récit conventionnel mais captivant.

Près de huit ans déjà que le miracle de l’ Hudson River s’est produit, mais le nouveau film de Clint Eastwood semble moins célébrer l’anniversaire de cet événement que celui des quinze ans du 11 septembre 2001. En 2009, pas de terroristes, mais seulement des oiseaux venus percuter un réacteur de l’A380 piloté par Sully – incarné par Tom Hanks – ce qui a forcé l’avion à modifier sa trajectoire de vol. Pourtant l’ombre sinistre projetée par la carlingue au-dessus des immeubles de New York était bien la même qu’en 2001.

Le 11 septembre, une obsession morbide

La scène d’ouverture de Sully nous fait un instant croire qu’on assiste au vol tel qu’il s’est passé le 15 janvier 2009, mais l’avion finit par percuter un immeuble avant de s’écraser en plein cœur de la ville. Il s’agit là d’un mauvais rêve de Chesley Sullenberger – que tout le monde appelle Sully -, le pilote qui était aux commandes ce jour-là. Le traumatisme n’est néanmoins pas limité aux personnes qui était à bord de l’appareil : ce sont tous les New Yorkais qui ont dû avoir cette même vision en voyant l’ A380 s’approcher des gratte-ciel, réveillant le démon à peine endormi de 2001. Comme Sully, qui à un moment donné fixe hagard les immeubles de la ville à travers une baie vitrée, la moindre silhouette d’avion aperçue près de buildings amorce des fantasmes morbides qui font que, 15 ans après, 2001 est toujours présent. Ainsi, Sully est aussi bien un film sur le miracle de l’Hudson River que sur le traumatisme du 11 septembre 2001. C’est l’habileté du postulat de base de Clint Eastwood : le 15 janvier 2009 permet au cinéaste de parler du 11 septembre sans pour autant basculer dans le film d’époque, car oui, 2001 appartient désormais à une autre ère.

Tom Hanks joue Sully

Un film d’époque ?

Huit ans après et quasiment huit ans avant : le 15 janvier 2009 est la médiane presque parfaite entre 2001 et aujourd’hui, en somme le moment où cohabitaient le vieux monde de 2001 et celui de 2016. Dans le film, cette transition entre deux époques apparaît essentiellement à travers le prisme technologique. Cela fait deux ans que l’iPhone est sorti, mais le smartphone n’est pas encore devenu la norme et Sully utilise encore un portable à clapet ; les magasins ne vendent que des écrans plats, mais la femme de Sully regarde encore les informations sur sa vieille télévision à tube cathodique ; celle-ci apprend d’ailleurs tardivement la nouvelle de l’amerrissage grâce à un appel de son mari ; et non grâce à une notification reçue sur un appareil connecté… Clint Eastwood se contente dans un premier temps de décrire ce monde légèrement anachronique, mais c’est quand il affirme sa position conservatrice que son film devient véritablement intéressant.

Clint Eastwood, ce conservateur attentif

L’enquête sur l’amerrissage forcé de l’ A340 s’appuie essentiellement sur les calculs d’ordinateurs, qui ont analysé les données de vol de l’avion en question. Or, Sully et son copilote ont beau être certains qu’il était presque impossible de faire atterrir l’avion là où il avait décollé, les calculs implacables des machines leur donnent à chaque fois tort. A tel point que peu à peu, les certitudes des deux hommes se mettent à vaciller, alors même qu’ils se trouvaient dans le cockpit de l’avion au moment crucial. Certes, il n’y a rien d’original dans cette opposition conventionnelle entre la précision froide des machines et l’appréciation humaine, mais c’est parce qu’elle est tellement d’actualité que Sully nous captive. Toutes ces séquences qui nous mettent à l’intérieur du cockpit d’un simulateur de vol ne pourraient pas mieux nous montrer l’expérience de la réalité virtuelle. Un champ à 360° tellement immersif que l’on s’y jette à corps perdu, nous faisant ainsi renoncer à la véritable expérience, celle d’habiter et de voir le monde tel qu’il est. Sully dénonce simplement la tendance actuelle qui dévalorise l’expérience traditionnelle, au profit de l’expérience virtuelle. Le film enfonce d’ailleurs très lourdement le clou lors de son dénouement, quand la Commission d’Enquête change subitement d’avis, avouant qu’elle s’était trompée sur toute la ligne en faisant davantage confiance aux ordinateurs plutôt qu’au héros en face d’eux, Sully. Mis à part dans cette séquence indigeste, Clint Eastwood a l’intelligence de ne pas formuler cette morale conventionnelle. Il se contente d’opposer les deux types d’expériences, celle réelle et celle virtuelle. Ainsi, les séances de simulations de vols trouvent leur pendant dans les séquences nous montrant ce qu’il s’est véritablement passé dans l’avion le 9 janvier 2016, du décollage à l’amerrissage. Intenses, ces fragments nous donnent véritablement l’impression d’être le passager de cet avion, elles nous plaquent littéralement à notre siège de spectateur. Ces sensations sont indéniablement l’autre grande réussite de Sully et elles constituent le tour de force de la thèse conservatrice de Clint Eastwood : l’écran 2D du cinéma n’a rien à envier au monstre d’immersion qu’est la réalité virtuelle.
Sully, héros modeste

Pour en savoir plus sur Chelsey Sullenberger : http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/11/30/sully-sullenberger-un-heros-malgre-lui_5040588_3246.htm

La critique vidéo du Monde : http://www.lemonde.fr/cinema/video/2016/11/29/critique-de-sully-entre-prouesse-narrative-et-conjuration-du-11-septembre_5040284_3476.html

Et celle de Télérama : http://www.telerama.fr/cinema/oui-clint-eastwood-fait-encore-des-bons-films-la-preuve-avec-sully,150855.php

Critique - Sully
Intelligent et spectaculaire, un bon Clint Eastwood.
Acteurs
Mise en scène
Scénario
Image et son
ON AIME BIEN
  • Un film sur les années 2000
  • La critique de la réalité virtuelle
  • Les sensations lors des séquences dans l'avion
ON AIME MOINS
  • Le dénouement très conventionnel
3.4L'avis
Note des lecteurs: (1 Vote)