Critique – Made in France

Made in France est le sixième film du réalisateur Nicolas Boukhrief, un film tristement visionnaire écrit et tourné avant les attentats de janvier 2015. Made in France est sorti en DVD et Blu-Ray le 5 avril. En voici notre critique.

Made in France a été écrit de 2011 à 2013 par Nicolas Boukhrief (ex-critique de cinéma à la revue Starfix, devenu scénariste et cinéaste) et Eric Besnard. Loin d’eux l’idée de faire un film prophétique, mais plutôt la volonté d’aborder un fait de société à la suite des affaires Khaled Kelkal (attentats de Saint-Michel en 1995) et Mohamed Merah en 2012. Parce que tragiquement d’actualité, ce film, victime de son sujet, a été privé de grand écran. Pourtant, il mérite vraiment d’être vu par le plus grand nombre.

Affiche du film Made in France - Nicolas Boukhrief

Immersion au sein d’une cellule djihadiste

Sam (Malik Zidi) est  journaliste d’investigation indépendant. Il a profité de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. A l’issue du prêche d’un imam à la mosquée, cinq jeunes se donnent rendez-vous. Hassan, chef charismatique (Dimitri Storoge) vient de rentrer du Pakistan où il a suivi une formation au sein d’un camp d’entraînement. Il veut leur parler. De retour en France, il a une mission, préparer des  attentats de grande ampleur et semer le chaos au cœur de Paris. Hassan va solliciter le groupuscule. Cinq, ils ne sont que cinq en tout et pour tout. Outre Hassan et Sam l’infiltré qui n’aura d’autre choix que de continuer son investigation, afin de pouvoir en informer les autorités en temps réel, notamment l’agent Dubreuil (Franck Gastambide, rappelez-vous, Toute première fois), il y a Driss (Nassim Si Ahmed). Driss jeune maghrébin est le plus radicalement endoctriné. Christophe (François Civil), lui, est  issu d’une famille catholique bretonne qui trouve avant tout dans l’islam radical un moyen d’exister et de se rebeller contre sa condition de fils à papa. Et enfin, il y a Sidi, un malien au tempérament plutôt doux, attaché à sa famille, dont la seule motivation est de venger la mort de son cousin. Très vite Sidi doutera. Cinq jeunes, cinq profils différents qui dérivent au nom d’une idéologie. La tension va monter crescendo, pour basculer dans la paranoïa et la violence la plus totale. Construit comme un polar, Made in France nous plonge au cœur d’une cellule djihadiste de banlieue qui n’a rien d’une grande organisation.

Un film qu’il faut montrer

Bien qu’étant une fiction, bien qu’il ne soit nullement question de l’Islam, du Coran, ni du Prophète et loin de fournir des réponses quant au radicalisme de ces jeunes, Made in France est un film à montrer. Un film qui évoque l’engouement de jeunes gens pour une cause qu’ils ne connaissent pas réellement. Faute de s’épanouir au cœur de la Cité, ces jeunes en perte de repères trouvent dans le djihad une fierté qu’ils sont incapables de trouver ailleurs. Des êtres fragiles et manipulables qui se laissent embarquer dans un combat qui n’est pas le leur. Qui sont ces jeunes hommes ? Comment ont-ils pu en arriver là ? Quelle est leur part d’humanité ? Avec Made in France, Nicolas Boukhrief n’a pas pour ambition d’apporter des réponses au fanatisme, il souhaite juste nous interpeller sur ce qui peut bien pousser ces français à prendre les armes et tirer sur d’autres français. C’est justement parce qu’il est loin d’être caricatural et loin de porter un jugement moral sur le dangereux et irréversible engagement de ces jeunes que Made in France est un film à montrer. De surcroît la justesse d’interprétation des acteurs, la brutalité et le minimalisme des décors ne font que rendre ce film encore plus percutant. Impossible de rester indifférent. Made in France interpelle, questionne. Un seul conseil, regardez-le.

La Bande-annonce ici.

Critique - Made in France
Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne et une cellule djihadiste.
Acteurs
Scénario
Mise en scène
On aime bien
  • Les acteurs et la justesse de leur jeu
  • Le traitement du sujet, loin d'être caricatural
  • L'inévitable questionnement que ce film nous impose
On aime moins
  • L'actualité du sujet, loin d'être une fiction
3.6L'avis
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