Critique – Mia Madre

Critique de Mia Madre de Nanni Moretti. Une foule de sentiments brassés avec finesse et brio!

Mia Madre est le nouveau film de Nanni Moretti (sortie en salles prévue le 2 décembre prochain). Il brasse avec beaucoup d’élégance des thèmes déjà apparus dans sa filmographie (Journal intime, La chambre du fils), mêlant imaginaire et éléments biographiques. Présenté au dernier festival de Cannes, il a suscité une pléiade de commentaires positifs de spectateurs et de critiques sans aucun effet sur le palmarès (Mia Madre est reparti bredouille de Cannes), ce qui peut questionner sur l’actuelle orientation du Festival de Cannes (pour plus d’informations sur le palmarès 2015 c’est par ici) préférant couronner Dheepanun film très moyen, plutôt que ce film superbe et élégant, un des plus beaux de cette année.

Nanni Moretti et Margherita Buy

Nanni Moretti et Margherita Buy

Le cinéma et ses miroirs

Mia Madre s’ouvre sur une manifestation ouvrière protestant contre les licenciements abusifs décidés par les nouveaux propriétaires de l’usine. Les manifestants se heurtent à un cordon de policiers qui répliquent par des coups de matraque et des jets d’eau qui empêchent les ouvriers d’escalader les grilles. Le spectateur se demande déjà ce qui va se passer, tout absorbé qu’il est par cette scène bien qu’il sache pertinemment que le film ne va pas parler des problèmes ouvriers jusqu’à ce qu’une voix off crie « Coupez ! ». Le plan s’élargit et l’on s’aperçoit que l’on assiste au tournage d’un film. Dès la première scène opère la magie du cinéma, cet art complet de l’apparence, du faux, du trucage qui fait plus vrai que la réalité. Et c’est d’abord de cela que traite Mia Madre, du cinéma avec de nombreuses scènes de tournage pendant lesquelles la réalité et la fiction jouent continuellement au chat et à la souris sous nos yeux ébahis. Cette partie donne lieu à de splendides scènes souvent comiques comme celle dans laquelle John Turturro, fantastique en acteur à contre-emploi, conduit une voiture en dissertant avec son associé sur les éventuelles solutions de sortie de crise avec les grévistes. Sauf que la dite voiture transporte trois caméras sur son capot qui gênent notablement la vue du conducteur et donc leur propre sécurité. La scène donne lieu à un dialogue savoureux de la part des deux occupants de la voiture, entre répliques du film et commentaires personnels sur le danger réel que leur fait courir cette scène. Comme une métaphore de l’acteur, du réalisateur, de toute une équipe de tournage. Mais Mia Madre n’est pas seulement un film sur le cinéma, il est bien plus que cela !

L’agonie de la mamma

Quelques minutes à peine après le début du film, la réalisatrice Margaritha, interprétée avec une intériorité fabuleuse par Margherita Buy, se retrouve dans une chambre d’hôpital à veiller en compagnie de son frère (joué par Nanni Moretti en personne) sur sa mère qui connait de sérieux problèmes cardiaques incurables. Mia Madre va ainsi enchaîner dans un montage simple mais terriblement efficace émotionnellement les scènes de tournage et celles de veille, dans lesquelles Margaritha va elle-même se chercher et tenter d’échapper à l’inéluctable disparition de sa mère, pourtant encore si riante, si lucide, si lumineuse. Des scènes simples, presque sobres, d’échanges entre elle et sa mère, son frère et puis un cercle familial plus large au fur et à mesure que la mort approche. Le cinéma et ses esbroufes, telles celles que Barry, l’acteur principal du film qu’elle tourne, ne cessant de proclamer avoir été de multiples fois contacté par Kubrick himself pour tourner, s’évanouissent dans cette petite chambre d’hôpital où l’on se retrouve soudain nu face à soi-même, aux souvenirs, à la réalité de la disparition qui risque de survenir d’un instant à l’autre. L’émotion palpable nous envahit soudain, sans coup férir, simplement par l’habile succession de scènes si justes, dans lesquelles, sans excès aucun, les personnages s’emplissent de sentiments vrais, pleurent, se laissent submerger par leurs propres sentiments. Et trouvaille superbe de Moretti dans Mia Madre,  Ada la maman était professeur de latin, une langue qui, elle aussi, lutte pour ne pas disparaître : voir Ada et sa petite-fille, peu de temps avant sa mort, faire ensemble une version latine reste un moment déchirant!

Comble de ce jeu de miroirs continu entre le cinéma et la réalité, Nanni Moretti, au moment du tournage de Mia Madre, était en train de perdre sa mère. Film magnifique sur le cinéma, la vie, la mort, les souvenirs (apparaissant sous forme de cartons prêts pour un déménagement ou pour être jetés), Mia Madre est un bijou de finesse, d’amour filial et maternel, de vénération absolue du cinéma que je vous exhorte absolument à aller voir en ce qu’il est une magistrale illustration de cet art!

Pour en savoir plus sur Mia Madre, voici un avis du nouvelobs.

Critique - Mia Madre
Mia Madre, un film formidable sur le cinéma, la vie, la mort avec la touche inimitable de Moretti. Un grand film !
Scénario
Mise en scène
Acteurs
Images et son
On aime bien
  • La pudeur de la mise en scène
  • John Turturro
  • Margherita Buy
On aime moins
  • L'absence de récompenses à Cannes
4.7L'avis
Note des lecteurs: (0 Vote)
  • Marilyne breant

    je viens de le voir… Bon, je vais me laisser le temps d’y penser parce que là, j’ai trouvé ça d’une platitude extrême. Et l’actrice n’est pas assez charismatique pour porter le film.