Critique – Tale of Tales

Critique de Tale of Tales, présenté à Cannes en mai dernier, un conte de fée glacial entre humour et angoisse.

Trois royaumes aux confins de l’imaginaire et trois souverains au destin hors du commun. Tale of Tales (Le Conte des Contes) est inspiré du plus ancien recueil de contes populaires écrit par l’Italien Giambattista Basile et mêle sortilèges, horreur et féérie. Le réalisateur Matteo Garrone (Gomorra, Reality) est aux commandes de l’adaptation sur grand écran avec un casting de choix et des images belles à couper le souffle. Un film fantastique où l’étrange le dispute à la beauté, laissant le spectateur en proie à ses doutes et interrogations.

Contes obscurs

Dans son château baigné de soleil, la Reine de Selvascura (Salma Hayek) désespère d’avoir un jour un enfant. Elle reçoit un jour la visite d’un homme vêtu de noir qui lui donne la recette miracle pour donner la vie. La naissance du futur Prince implique de nombreux sacrifices et le premier à en payer le prix est le Roi lui-même. La Reine, qui voue à son fils Elias un amour possessif et jaloux, supporte mal ses inclinations…

Affiche du film Tale of Tales (2015) avec Salma Hayek et Vincent Cassel

L’affiche de Tale of Tales

Dans le royaume voisin, le souverain de Roccaforte (Vincent Cassel), lubrique et libertin, est irrésistiblement attiré par le chant d’un femme qui vit en contrebas du château. Obsédé par cette femme, qu’il imagine jeune et jolie, il la supplie d’accepter ses faveurs. Il ignore alors qu’il s’agit d’une vieille femme qui vit avec sa sœur…

Dans le troisième et dernier conte, le roi d’Altamonte (Toby Jones) se prend d’affection pour une puce. Un animal de compagnie hors du commun qu’il cache à son entourage, y compris à sa fille unique Violet (Bebe Cave). Cette dernière, en âge de se marier, se retrouve face à un prétendant plus effrayant que charmant…

Tale of Tales va subtilement naviguer entre les trois univers avec de jolies transitions utilisant les couleurs, les sons et le ressenti du spectateur.

Une véritable œuvre d’art

Ce qui frappe d’abord avec Tale of Tales – juste après le soin apporté au visuel c’est le silence qui l’entoure. Nombreux sont les passages sans musique, nous laissant ainsi tout le loisir d’admirer les somptueux décors mais pouvant également freiner notre immersion dans le film. Les pas résonnent dans les châteaux immenses où espace rime avec froideur. Le conte de Garrone n’est pas facile d’accès, mais si on parvient à pénétrer dans son univers, c’est un déferlement d’horreurs et de merveilles qui s’offrent à vous. Un film à l’esthétique parfaite, un mélange de style entre Burton et Del Toro (j’ai beaucoup pensé au Labyrinthe de Pan durant la projection) où le gris des pierres contraste avec le rouge vif du sang frais. Peter Suschitzy, directeur de la photographie sur Tale of tales, nous montre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. Il avait déjà occupé ce poste sur L’Empire Contre-Attaque, Mars Attacks et sur de nombreux films de Cronenberg comme Cosmopolis ou Les Promesses de l’Ombre.

Oubliez les contes de fées… Tale of Tales abrite rois, princesses et créatures magiques mais la mort, la vengeance et la cruauté s’invitent dans toutes les scènes et on passe du film fantastique à celui d’horreur et de la comédie à la romance en un rien de temps. Et oubliez aussi les happy ends. Les personnages se marièrent mais vécurent dans la peur et n’eurent pas toujours d’enfants.

Vous reprendrez bien du cœur ?

Matteo Garrone utilise les codes du film d’épouvante dans Tale of Tales et sait faire appel à nos peur primaires entre deux traits d’humour grinçant : la peur de la forêt, de l’abandon ou de l’isolement et beaucoup, beaucoup de sang. Sur le visage de Salma Hayek dévorant un cœur, sur la robe de Bebe Cave et sur les mains de tant d’autres… L’univers est sombre et les royaumes bien inhospitaliers, le plus malsain étant peut-être celui de Roccaforte. Certaines scènes peuvent mettre très mal à l’aise et la pitié qu’inspirent les personnages laisse un sentiment d’amertume.

Les trois contes sont riches en rebondissements et surprises et maintiennent une tension suffisante pour que les 2h13 du film passent en un instant. Oui, c’est un peu comme lorsque l’on vous lisait une incroyable histoire d’aventures quand vous étiez enfant, avec des secrets, des potions magiques et des forêts enchantées, mais version adulte. On sursaute beaucoup et on ne s’attendrit pas, ou très peu. Le casting est impeccable, prestigieux sans être racoleur, aussi stylé que la photographie.  Mention spéciale à la jeune Bebe Cave, qui exprime comme personne la terreur et l’incrédulité face au destin qu’elle va devoir affronter. Des trois segments de Tale of Tales, celui d’Altamonte a ma préférence. C’est le plus abouti des trois et celui dont les personnages sont les plus attachants et les plus denses.

Tale of Tales sort le 1er juillet et en attendant, vous pouvez lire une autre critique – et voir la bande annonce – sur le site de Telerama.

Critique - Tale of Tales
Trois contes très stylés et interprétés avec classe mais qui laissent un petit goût amer.
Acteurs
Scénario
Mise en Scène
Image et Son
On aime bien
  • Le style très soigné
  • L'humour
  • Le casting discret et efficace
On aime moins
  • Difficile d'accès
  • Certaines scènes mettent mal à l'aise
3.3L'avis
Note des lecteurs: (3 Votes)