Critique – 99 Homes

Situation de crise dans 99 Homes de Ramin Bahrani. Notre critique.

A qui profite la crise financière ? Dans 99 Homes, lauréat du Grand Prix lors du précédent Festival de Deauville, le réalisateur Ramin Bahrani (At Any Price, Chop Chop) dresse le portrait d’un agent immobilier sans scrupules et de l’ouvrier qu’il a expulsé de sa maison. Dans une Amérique en proie à la banqueroute, faut-il avoir les poches pleines ou un sens de la morale à toute épreuve ? Et surtout, jusqu’où irait-on pour sauver sa maison ? Réponse avec ce drame haletant très abouti.

L’immobilier : une valeur sûre

La crise des subprimes aura fait couler beaucoup d’encre et inspiré les cinéastes. Après The Big Short qui se penchait sur les méandres de la bourse, 99 Homes se place du côté sentimentalo – immobilier. Ici, pas de spéculateurs geeks et forts en maths mais l’histoire d’une famille dont la vie va basculer suite à la saisie de sa maison. Comme des milliers d’autres.

affiche de 99 homes

Dennis Nash (Andrew Garfield, The Amazing Spiderman) est ouvrier dans le bâtiment. Père célibataire, il vit à Orlando avec son fils Connor et sa mère, Lynn (Laura Dern, Wild), coiffeuse à domicile. Nous sommes en 2010 et la crise financière bat son plein. Les citoyens criblés de dettes ne peuvent plus payer leur crédits. Dennis, qui construit des maisons, ne peut plus assumer le coût de la sienne. Terrible paradoxe. Et c’est Rick Carver (Michael Shannon, Take Shelter, Man Of Steel), requin de l’immobilier, odieux et charismatique, qui se charge d’expulser la petite famille. C’est alors que les événements vont prendre un tournant inattendu : Dennis se retrouve à travailler pour Carver, d’abords pour quelques petits travaux puis pour expulser les gens à son tour. Il est tiraillé entre l’appât du gain, l’espoir de pouvoir racheter un jour sa maison et le fait de tout reconstruire pas à pas et dans le respect de la loi.

La bourse ou la vie

Au fil de 99 Homes, on voit évoluer le personnage de Dennis, très progressivement. La caméra de Bahrani capte subtilement la transformation du pauvre ouvrier en businessman à col blanc. Une transition qui se fait dans la douleur et qui n’est pas un changement définitif. Andrew Garfield trouve dans ce personnage qui hésite entre l’éthique et la fortune l’un des rôles les plus marquants de sa carrière. Face à lui, Michael Shannon est comme toujours très impressionnant et aurait pu décrocher une nomination aux Golden Globes ou aux Oscars. Ses costumes blancs immaculés vont à merveille avec le soleil de Floride et ses rues bordées de palmiers. Il y a, entre les deux personnages, une opposition qui court tout au long de l’histoire : Nash voit sa maison comme un foyer avec une valeur sentimentale tandis que Carver considère un bien immobilier comme une boîte vide, dépourvu d’humanité, de la chair à banquiers.

Côté réalisation, je salue la maîtrise du sujet de Bahrani et sa façon de rendre 99 Homes haletant comme un thriller mais sans négliger pour autant l’émotion. On est dans le côté humain de la crise avec quelques passages un peu techniques, mais l’accent est mis sur les regards désespérés, les cartons qui s’empilent sur les trottoirs et les familles dans les motels sordides. Malgré les excellentes critiques, le film ne se montrera pas sur les écrans français puisqu’il fait un direct VOD. C’est moins de visibilité mais c’est aussi le signe que le cinéma se métamorphose : de grands films peuvent se passer de grands écrans.

Pour lire un autre article sur 99 Homes, vous pouvez aller sur : franceTVinfo.

Critique - 99 Homes
Un drame filmé comme un thriller immobilier et superbement interprété
Acteurs
Mise en scène
Scénario
Images et son
On aime bien
  • Michael Shannon
  • Un film poignant et haletant
  • La grande connaissance du sujet
On aime moins
  • Quelques longueurs
4.1L'avis
Note des lecteurs: (3 Votes)