Critique – Les mille et une nuits, volume 1 : L’inquiet

Critique de Les mille et une nuits, volume 1 : l’inquiet. Shéhérazade poétise la crise.

Les mille et une nuits est le nouveau film du réalisateur portugais Miguel Gomes qui nous avait ébloui avec Taboo (2012), une fresque d’une grande beauté sur une histoire d’amour qui se passait dans une colonie portugaise en Afrique. Le voici de retour avec un film ambitieux, Les mille et une nuits, conçu comme un triptyque sur la crise sévère que traverse actuellement son pays. L’inquiet est le premier volet de cette trilogie qui privilégie l’imaginaire avec des histoires contées à la manière de Shéhérazade afin de garder, comme elle, la vie sauve et l’espoir intact malgré la dureté de ce que vivent les gens.Affiche du film Les mille et une nuits, volume 1 : l'inquiet, de Miguel Gomes

Un prologue et trois histoires

Le premier volet des Mille et une nuits, intitulé L’inquiet, se compose de quatre parties d’environ trente minutes chacune. L’introduction générale du film évoque de façon assez documentaire, avec très peu de dialogues, la fermeture d’un chantier naval, le problème des abeilles dévorées par l’arrivée du frelon asiatique et le désarroi du réalisateur lui-même (joué par Miguel Gomes en personne) devant son projet qui le conduit à prendre la fuite au moment du tournage. Une fois, le cadre socio-économique posé par un récit en voix off souvent en décalage avec l’image qui l’accompagne (celle-ci montrant par exemple, la déshérence des ouvriers du chantier, pendant que la voix off évoque les sombres perspectives de l’apiculture portugaise), Les mille et une nuits change de cap et va suivre la lumineuse Shéhérazade pour nous conter trois histoires intitulées successivement: les hommes qui bandent, le coq et le feu, et la baignade des magnifiques, qui incarnent à merveille le projet original de mise en scène de Miguel Gomes.

S’extraire du réel pour mieux le dévisager

Chaque histoire convoque une multitude de protagonistes de la crise qui secoue le Portugal: des banquiers, des ministres, des syndicalistes, des pompiers, et puis tout ce que l’on appelle pudiquement les anonymes. Tous, sans exception, partage un fatalisme obscur face à l’austérité qui ravage le pays ainsi qu’une révolte sourde qui les appelle à ne point renoncer, à chercher une voie de traverse (un peu à l’image du metteur en scène qui fuit le projet proposé par lui-même). La mise en scène va consister à laisser possible une lumière, même fragile, au milieu de cette nuit persistante dans laquelle se débattent les Portugais, une utopie qui naît à partir de situations imaginaires nées des histoires de Shéhérazade. La première histoire, révélatrice de ce projet et proprement saisissante, transforme les participants d’une réunion importante pendant laquelle banquiers, gouvernants et membres de la commission européenne, délibèrent sur le nouveau train de mesures de restriction à prendre prochainement en protagonistes impuissants d’une farce mémorable. En effet, montés sur des chameaux pour une promenade digestive à travers le désert portugais… ils sont interpellés par un sorcier noir baragouinant le français qui leur vante les bienfaits d’un élixir leur assurant une érection permanente. Ils dissertent ensuite sur les vertus de l’amour, les pantalons tendus jusqu’à l’extrême, comme les personnages d’une farce dont ils sont les pantins, eux qui tiraient encore les ficelles voici quelques minutes encore, donnant ainsi aux Mille et une nuits toute sa force de parabole.

Un pari osé de cinéma

Les mille et une nuits porte aussi un projet créatif du cinéaste, reflété dans ce prologue où, s’interrogeant sur les dilemmes et les difficultés à ce que toutes ces scènes se cristallisent en un film, le metteur en scène largue les amarres. Les mille et une nuits, c’est aussi une aventure de six mois de tournage où, avançant à tâtons, au fil du montage, le film prend forme dans la douleur et une interrogation formelle constante. Mais le résultat éclate à chaque plan, tout au long de ces deux heures, pendant lesquelles Les mille et une nuits, utilisant diverses formes narratives (fable, farce, élégie), dessine, par la simple magie du récit, un formidable et persistant portrait de la réalité de notre temps. Superbe!

Un autre avis sur Les mille et une nuits http://next.liberation.fr/cinema/2015/05/20/le-grand-road-triple-de-miguel-gomes_1313434

Critique - Les mille et une nuits, volume 1 : L'inquiet
A travers trois histoires surprenantes d'imagination, Les mille et une nuits raconte la crise qui secoue actuellement le Portugal.
Mise en scène
Scénario
Acteurs
Images et son
On aime bien
  • La beauté des histoires
  • La mise en scène excellente
4.1L'avis
Note des lecteurs: (1 Vote)