Critique – Wayward Pines – Saison 1

Critique de la première saison de Wayward Pines, une série suspense surprenante reliant deux registres : le policier et la science-fiction.

Souvenez-vous, il y a quelques semaines était publié notre critique sur l’épisode pilote de Wayward Pines. La première saison enfin achevée, voici dans cette critique notre avis sur l’ensemble des dix épisodes de cette nouvelle série de la FOX, et notre appréciation quant à la manière dont le pilote a bien induit son public en erreur. En effet, Wayward Pines surprend son spectateur en milieu de saison et remet en question ses cinq premiers épisodes. Des explications s’imposent.

Un scénario qui ne fait pas dans la demi-mesure

Difficile de parler pleinement de Wayward Pines sans risquer d’en divulguer quelques rebondissements, qui interviennent dès le milieu de la saison. Si les cinq derniers épisodes seront moins détaillés ici, ils ne pourront être éclipsés car le revirement adopté à l’épisode 5 est un élément clef pour comprendre l’ensemble de l’histoire que développe cette série. Retour au commencement.

wayward pines toby jones

Toby Jones en scientifique fou, c’est pour mieux te lobotomiser, mon enfant

Le pilote introduisait l’agent Ethan Burke et son nouvel environnement, la mystérieuse ville de Wayward Pines où rien ne semble naturel, à commencer par l’immense clôture électrifiée barricadant l’ensemble de ses habitants. Ethan découvre également que les citoyens doivent obéir à des règles strictes : « Ne pas tenter de s’échapper ; Ne pas parler du passé ; Toujours répondre au téléphone quand il sonne ». Des règles néanmoins bien moins étranges que les coutumes locales : si quelqu’un ose les transgresser, celui-ci se voit être condamné à mort par le shérif et exécuté en place public. Des règles qu’Ethan va malgré tout devoir apprendre à suivre s’il veut protéger sa famille, qu’il retrouve dans le troisième épisode. Nommé shérif à la place du shérif, Ethan cherche à percer les secrets de Wayward Pines de l’intérieur, en se rapprochant des têtes pensantes de la ville, le maire et son épouse proviseure du lycée, ainsi que l’infirmière Pam et le docteur Jenkins. Tous ont un rôle important à jouer dans la machinerie qui maintient Wayward Pines debout, et qu’Ethan va réussir à percer à jour. Nous voici donc en milieu de saison, ainsi arrivent les premières révélations.

Attention! En cliquant ici, cela révélera une partie de l'intrigue (spoiler).
Pour les bons élèves n’ayant pas lu ces spoilers, sachez simplement que de nombreux nouveaux éléments changent du tout au tout la perception du spectateur.

Quand mise en scène et rebondissements font bon ménage

Ces révélations vont rythmer l’enquête d’Ethan durant toute la fin de la saison, au point que le spectateur pourrait lui-même perdre pied. Les discordances espace-temps, entre ce que l’on croyait regarder et ce que l’on nous propose réellement, prouvent une excellente justesse dans le montage et la réalisation des premiers épisodes. Le scénario et ses rebondissements peuvent avoir un effet de déjà-vu – avis aux personnes ayant apprécié Le Labyrinthe, la fin de Wayward Pines est dans le même ordre d’idée – c’est ici la construction non-linéaire du script qui trompe le spectateur. Rien dans les premiers épisodes ne peut faire penser à ce qui arrive ensuite, si bien que lorsque la vérité éclate, le spectateur est placé au même niveau que les personnages : il doute.

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Ben et Theresa Burke, également à la recherche de réponses

Et c’est bien là tout l’enjeu de la deuxième partie de Wayward Pines. Maintenant qu’il est rentré dans le système en tant que shérif, Ethan est-il toujours fiable ? L’expérience que mène le personnage de Toby Jones est-elle salvatrice ou tortionnaire ? Rapidement on ne sait plus vraiment à qui se fier. Les personnages d’insurgés souhaitant quitter la ville peuvent aussi bien être vu comme de braves révolutionnaires que comme de dangereux terroristes. Les frontières se troublent, et ce n’est pas uniquement le fait des divers rebondissements. La réalisation y va aussi de son petit effet. Si dans l’épisode pilote on voit presque uniquement l’arrivée d’Ethan à Wayward Pines, dès l’épisode suivant, on suit également Ben et Theresa, son fils et son épouse (respectivement interprétés par Charlie Tahan et Shannyn Sossamon). Ainsi, on découvre les secrets de la ville par le biais des trois membres de la famille Burke – Theresa qui, assignée à travailler dans l’immobilier, trouve un bunker souterrain contenant des informations sur ce qui se cache hors du mur, et Ben découvre la vérité à l’école de la ville, plus proche d’une académie d’embrigadement que d’un lycée standard. En plus du héros, on s’attache donc à toute sa famille, et on apprécie également que les personnages aient des réactions humaines et non pas scénarisées. Ethan, par exemple, fait rapidement part de ses recherches à son épouse, quitte à ce qu’elle ne le croit pas de suite. On est donc loin du stéréotype conspirationniste où les protagonistes ont souvent une botte secrète pour gérer la situation : ne rien révéler, absolument rien, à personne.

L’expérience Wayward Pines est une réussite

Cette première saison de Wayward Pines est une bonne surprise. Dans l’ensemble, le casting est très bon, particulièrement du côté de la gent féminine, notamment Carla Cugino (vue dernièrement dans San Andreas) avec son personnage de Kate Ballinger, ex-partenaire d’Ethan dans les services secrets et dorénavant leader d’un groupe de résistants, et Melissa Leo, qui interprète l’infirmière Pam, le bras-droit du docteur Jenkins. A propos du docteur, on aime voir Toby Jones dans ce rôle, parfois aussi suave qu’impitoyable – il faut bien l’avouer, Toby Jones a l’image et le talent d’un scientifique fou ! Peut être un cran en dessous du reste, Matt Dillon reste convaincant en shérif insoumis aux règles de la ville (sa meilleure scène ? L’interrogatoire en début d’épisode neuf, où Ethan enchaîne les punch-lines !). En seulement dix épisodes, le rythme est très bien géré, si bien qu’on ne s’ennuie jamais – pas de « Syndrome Hobbit » où l’on étale le script pour tenir la cadence. Au contraire, le dernier épisode est plutôt sous tension, avec une invasion digne de The Walking Dead. Un bémol, certains designs de décors ou de créatures antagonistes ne vont pas franchement rester dans les archives. Le mur clôturant la ville aurait mérité d’être plus imposant, et les lieux représentant « l’envers du décor » de Wayward Pines font un peu base secrète d’un méchant dans un James Bond. C’est dommage, voire ironique, car l’ambiance factice de la ville est plus réussie que ce qui est censé être le monde réel.

décor Wayward Pines

Au delà du mur, la vérité de Wayward Pines

Franchissez le pas, et laissez-vous tenter par Wayward Pines. Un petit succès pour la FOX qui voit sa nouvelle production diffusée prochainement en France sur Canal +. Malgré la conclusion de l’épisode final,  Wayward Pines n’aura pas de suite avec une nouvelle saison. La chaîne l’a en effet confirmé il y a tout juste quelque jours. Une bonne ou une mauvaise décision, au vu du petit succès inattendu de la série, notre avis est que c’est peut être un mal pour un bien. Le dernier épisode est digne d’un final de livre à suspense, sombre et pessimiste certes, mais offrant des réponses et une véritable conclusion, ce qui fait donc honneur au roman de Bake Crouch.

Pour d’autres avis sur Wayward Pines, voici la critique de chez Braindamaged, qui, attention, n’a pas pris de pincettes pour les spoilers.

Critique – Wayward Pines – Saison 1
Si le scénario n’a rien de révolutionnaire, la rupture dans son déroulement à partir de l’épisode 5 redonne du rythme à Wayward Pines, qui signe une première saison réussie.
Mise en scène
Scénario
Acteurs
Image et son
On aime bien
  • Les rebondissements bien amenés
  • Toby Jones en scientifique fou
  • Le format en dix épisodes
On aime moins
  • Un scénario moins original qu’il n’en a l’air
  • Des designs un peu lambda
3.3L'avis
Note des lecteurs: (8 Votes)