Critique – Bates Motel Saisons 1 et 2

Bienvenue au Bates Motel, où Norma et son fils vous accueillent pour un séjour glauque à souhait. Notre avis sur cette série, préquelle au célèbre film Psychose d’Alfred Hitchcock.

Alors que Marion Crane prend sa douche dans sa chambre du Bates Motel, une ombre apparait derrière le rideau, et un inconnu la tue violemment de plusieurs coups de couteaux. Cette scène du film Psychose, réalisé par Alfred Hitchcock en 1960, est devenue culte et a traversé les décennies jusqu’à aujourd’hui où le voile se lève sur l’adolescence de Norman Bates, un jeune homme déséquilibré un peu trop encadré par sa mère.

Le motel de l’horreur

Pour les cinéphiles ayant vu Psychose, pas d’inquiétudes, tout est fait dans Bates Motel pour coller au plus près de l’œuvre d’Hitchcock. Bien que cette préquelle se déroule à notre époque, rien n’a été oublié; les décors d’abord, avec la demeure des Bates et le petit motel aux douze chambres en contrebas, la voiture de Norma rappelle fortement celles que conduisaient les gens dans les années 1950-1960, mais aussi et surtout l’ambiance. Calfeutrée et sombre dans le film – littéralement puisqu’il est en noir et blanc – elle devient dans la série plus étrange encore de part la relation mère-fils qu’entretiennent Norma et Norman.

affiche de la série Bates Motel, préquelle du film Psychose de Alfred HitchcockL’écriture des personnages et leurs relations sont sans doute parmi les points forts de cette série. Dans Bates Motel, tout le monde a forcément un secret, du drame familial au travail illégal en passant par quelques meurtres involontaires, à commencer par Norma. Femme forte et indépendante pourrait-on dire, Norma possède ce besoin irrépressible de contrôler tout et tout le monde dans son environnement, quitte à mentir à ses propres enfants. Aussi belle soit-elle, il semble impossible pour le spectateur de la croire sur parole, tant elle peut passer de la crise d’hystérie au visage froid armé d’un sourire manipulateur – une personnalité qui s’adoucit dans la saison 2, sans disparaître totalement. Difficile alors de ne pas être convaincu de la performance de Vera Farmiga (vue l’an dernier aux côtés de Robert Downey Jr. dans The Judge) dans ce rôle qui volerait presque la vedette à Freddie Highmore. Très loin des personnages mignons qu’il a interprété auparavant, comme Peter dans Neverland, Charlie pour Charlie et la chocolaterie de Tim Burton ou encore Arthur pour la saga des Minimoys, Freddie Highmore incarne ici l’un des tueurs les plus emblématiques de la fiction américaine. A eux deux, Norma et Norman seraient de superbes sujets d’études pour d’apprentis psychanalystes. En plus de ce besoin de tout contrôler, on pourrait trouver un côté bipolaire chez Norma. Quant à son fils Norman, il accumule : un brin sociopathe, il souffre de crises dues au stress dans lesquelles il entre en transe, ce qui entraîne une certaine amnésie chronique et, le meilleur pour la fin, il souffre clairement d’un complexe d’Œdipe pour être aussi proche de sa mère. Si rien d’explicite ne se produit, leur trop grande complicité est parfois clairement tendancieuse, notamment lorsque l’un et l’autre exprime leur jalousie vis-à-vis des relations extérieures de l’autre.

Freddie Highmore et Vera Farmiga pour la série Bates Motel

Une relation mère-fils perturbante au cœur de l’intrigue

Parmi l’entourage de Norman, on remarque d’ailleurs que celui-ci ne s’entoure que de femmes : dans la saison 1, il rencontre la jolie Bradley, puis Emma, mais aussi sa professeur Miss Watson et Cody, la jeune rebelle apparaissant dans la saison 2. Parmi elles, on craque sur Emma, jeune fille grièvement malade toujours avec sa bouteille d’oxygène et un grand sourire qui fait certainement d’elle le personnage le plus sympathique de tout Bates Motel. Interprétée par Olivia Cooke (Ouija), son rôle envers Norman est très important puisque c’est le père de cette dernière qui lui apprend comment exercer la taxidermie. Une relation aux femmes compliquée qui ne va pas en s’arrangeant. Glauque. A l’évidence, la famille Bates a un problème, et les soucis empirent au fur et à mesure que les saisons progressent. D’un premier drame secret en début de saison 1, on finit avec un kidnapping et une menace de mort de la part de la pègre locale en fin de saison 2. Pas de quoi s’ennuyer donc. Et pourtant…

Horreur, lenteur

Bates Motel est une série courte, son créateur et showrunner Anthony Cipriano l’a construite en seulement dix épisodes par saison. Avec des personnages principaux très charismatiques et un grand nombre de personnages secondaires, l’intrigue principale qui tourne autour de Norman est découpée en de nombreuses sous-intrigues : le travail de Dylan, autre fils de Norma, dans la mafia de la drogue, les amies et petites amies de Norman, les enquêtes du Sheriff Romero (Nestor Carbonell) et la gestion du business du motel, il se passe beaucoup de choses dans la commune de White Pine Bay. Malheureusement, on a souvent l’impression que le tout traîne en longueur (un peu le même genre de reproche que beaucoup font à Game of Thrones). Les intrigues sont intéressantes, certaines sont cruciales pour le développement des personnages, mais les dialogues à répétition cassent le rythme. Dommage.

Freddie Highmore incarne le tueur Norman Bates

Norman Bates, plus à l’aise parmi les morts que les vivants…

Autre point négatif qui vaut pour l’ensemble des deux saisons de Bates Motel, si le fond est conséquent, cohérent et très bien adapté, on regrette le manque d’audace dans la forme. La mise en scène est très basique, ce qui est d’autant plus dommageable qu’elle ne vient pas renforcer l’ambiance. Par exemple, pour ce qui est du lien entre Norman et sa mère, la caméra vient rarement appuyer ce côté dérangeant évoqué plus tôt, les dialogues se contentent de champ/contre-champ, ce qui a plutôt tendance à éloigner les personnages alors que, au contraire, tout les unit, à tel point que Norman en arrive à penser exactement comme elle. Mais à l’inverse, une réalisation classique pose un regard « normal » sur ces personnages ce qui rend leur tendresse mutuelle d’autant plus perturbante. A trancher, on pourrait penser que la caméra elle-même ne sait comment se positionner vis-à-vis des protagonistes. Un petit mal pour un bien, donc.

Un séjour au Bates Motel ? Évidement.

Malgré quelques lenteurs, difficile de rester indifférent devant Bates Motel, qui s’inscrit dans le même genre que Hannibal, par exemple, où l’on se prend au jeu de la curiosité morbide pour savoir jusqu’où les choses vont aller, particulièrement en ce qui concerne Norman. Plus instable que jamais à la fin de la deuxième saison, celui-ci va-t-il enfin prendre conscience de la gravité de ces actes, ses passages de transes entraînant forcément de grave conséquences, mais aussi et surtout, va-t-il réaliser à quel point sa mère a de l’emprise sur ses actes et ses pensées ? Réponse à ces questions dans la saison 3, qui s’achève bientôt au Etats-Unis, et dont notre critique arrivera très prochainement.

Pour d’autres avis sur la série Bates Motel, ici une critique de la saison 1 et là une autre pour la saison 2.

Critique - Bates Motel Saisons 1 et 2
Bates Motel, une bonne série glauque à souhait, mais qui souffre de quelques longueurs.
Mise en scène
Scénario
Acteurs
Image et son
On aime bien
  • Norman Bates
  • La qualité du casting
  • L'ambiance dérangeante
On aime moins
  • La réalisation sans audace
  • Un rythme assez lent
3.1Note Finale
Note des lecteurs: (5 Votes)